L'Utopique Espoir d'une Jeunesse Déchue!

Dans une Union Européenne ultra-libérale ou seuls les pays les plus forts peuvent s'en sortir,les nouveaux arrivants rêvent de ce nouveau mirage économique comme d'un miracle qui leur permettraient d'intégrer la puissante mondialisation au nom d'une promesse d'un avenir qu'ils espèrent meilleur.Mais cette entité,pensée et créée au sortir de la Seconde Guerre Mondiale dans un but de prospérité s’avère symbolique d'une économie destructrice car mal fignolée.En fait de mutualisation et d'harmonie,c'est une course toujours plus catastrophique a l’appât du gain qui dessert les pays adhérents.

La Bulgarie n'échappe pas à cette rengaine.Son entrée en 2007 a encore plus affaiblie cet idéal démocratique car son économie trop exsangue ne peut soutenir la comparaison avec les places fortes historiques du marché.Son intégration,voulue par des élites politiques corrompues et une mafia gangrénée par la violence,na pu se faire qu'avec la malsaine complicité d'une Europe avide d'argent.Au détriment d'un projet équilibré et libérateur qui enfonce un peu plus chaque jour ce vaste territoire dans un abyssal déficit et laisse ses concitoyens dans une précarité insoutenable,surtout depuis la crise de 2008.Les jeunes héros que nous suivons dans ce très beau film en sont les malheureux héritiers.L'histoire débute à Sofia,capitale du pays,ou cet adolescent,frêle et chétif pratique l'auto-stop au bord d'une autoroute pour rejoindre une ville plus au nord.Apparait alors cette gamine espiègle et peu farouche dont on ne sait trop quoi penser au premier abord.S'ensuit un long périple au long duquel nous découvrons ces deux âmes esseulées en quête de transcendance pour fuir un passé douloureux et avancer vers un avenir plus qu'incertain.Lui,mystérieux et hermétique,va retrouver la famille endeuillée de son meilleur ami mort dans un suicide désespérant.Elle,irritante et intrigante à force de mensonges répétés,veut sauver son frère d'une toxicomanie comme seul apaisement d'une situation sociale affligeante.

La confrontation donne à voir une troublante métaphore d'une société partagée entre le déni de réalité,comme pour mieux se protéger d'une vérité sordide,et la détermination sans faille d'une jeunesse décidée à prendre en main son destin,quoi qu'il lui en coute.La mort,présente insidieusement tout au long du récit,sert d'avertissement à un dangereux désinvestissement d'un gouvernement délaissant ses enfants au bord du gouffre.On y sent tout le malheur de familles dévastées par cette lâcheté.Cadrant au plus près leur longue traversée du désert,la caméra épouse leurs mouvements incertains et leur détermination à s'ouvrir à la vie.Des squats miteux aux transports routiers graveleux en passant par des rencontres humiliantes se dessine une trajectoire constitutif d'un passage à l'age adulte précaire mais nécessaire.C'est aussi un merveilleux apprentissage des sentiments,ou la découverte de la sexualité élabore une sensibilité à fleur de peau,ultime rempart contre la déchéance d'un monde exterminateur.Le réalisateur fait preuve d'une grande douceur et d'une dextérité bouleversante et réussit à nous entrainer dans leur sillage passionnant avec une économie de moyens assez sidérale.Cette finesse d'esprit,si elle ouvre un possible chemin du bonheur aussi évanescent soit il,n'en est pas moins lucide sur la difficile rédemption à suivre.Témoin cette fin ou elle se fantasme en star hollywoodienne,paroxysme du faux et fuite en avant pour s'oublier.Lui n'aura de cesse de poursuivre cette fugace sensation de plénitude,symbole d'un irrépressible besoin de tendresse pour panser des cicatrices ouvertes trop tôt.

Dans une photographie et une lumière éclairant de mille feux ces personnages,nous assistons à l’émergence plus que prometteuse d'un metteur en scène plein de talent et d'acteurs à la justesse extraordinaire.Découvert au Festival de Cannes en 2011 dans la section "Semaine De La Critique",ce petit bijoux réconciliera les cinéphiles parfois déçus par une compétition officielle à l'audace en voie de disparition.Le cinéma des Balkans profite de cette aubaine pour se faire entendre et connaitre du plus grand nombre,et c'est tant mieux tant il semble en plein essor.
Sabri_Collignon
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Mon panthéon cinématographique, Cinéma à la marge, Les plus belles histoires d'amour au cinéma, Les meilleurs road movies et Les meilleurs films de 2012

Créée

le 13 avr. 2014

Critique lue 462 fois

Critique lue 462 fois

5
2

D'autres avis sur Avé

Avé

Avé

8

Sabri_Collignon

467 critiques

L'Utopique Espoir d'une Jeunesse Déchue!

Dans une Union Européenne ultra-libérale ou seuls les pays les plus forts peuvent s'en sortir,les nouveaux arrivants rêvent de ce nouveau mirage économique comme d'un miracle qui leur permettraient...

le 13 avr. 2014

Avé

Avé

9

NafiDiop

17 critiques

AVE - Konstantin Bojanov (2011) : un road trip et un film glauque.

Avé se présente comme un road trip. On ressent donc une énorme soif de liberté. Les personnages sont prisonniers de leur corps, de leur pays, et de manière complétement conditionnée, de la société,...

le 5 déc. 2013

Avé

Avé

8

hugoricoult

5 critiques

Critique de Avé par hugoricoult

Choisir d'aller voir un film bulgare relève du défi. Disons plutôt clairement que je n'aurai pas choisi la langue bulgare en LV2. Passé ce stade et cinq premières minutes où l'aprêté du langage vous...

le 4 mai 2012

Du même critique

Timbuktu

Timbuktu

7

Sabri_Collignon

467 critiques

Conte Africain en Terre Sainte!

Abderrahmane Sissako est l’un des rares cinéastes africains contemporains à pouvoir trouver sa place dans le gotha du « World Cinéma » et c’est cette reconnaissance, française en premier lieu, et...

le 15 déc. 2014

Benedetta

Benedetta

4

Sabri_Collignon

467 critiques

Saint Paul miséricordieux

Verhoeven se voudrait insolent et grivois, il n'est au mieux que pathétique et périmé. Son mysticisme atteint des sommets de kitch dans une parabole pécheresse qui manque clairement de chaire (un...

le 13 juil. 2021

Un p'tit truc en plus

Un p'tit truc en plus

1

Sabri_Collignon

467 critiques

Le triomphe hypocrite de la condescendance

RETOUR SUR LE FILM par le compte Facebook D'images et de mots qu'on peut facilement trouver. Voici toutes les raisons pour lesquelles il hors de question que je perde mon temps avec ce truc. Et au...

le 5 sept. 2024