Par où commencer… il y a des films qui portent trop de cinéma en eux : Baby Driver est de cela.
Le dernier essai d’Edgar Wright est une œuvre somme dont l’inventivité vous clouera à votre siège pendant les 1h50 de projection et qui se révèle au final insaisissable.


Baby Driver c’est d’abord l’incursion fracassante du cinéaste anglais dans le genre du polar et ce dernier s’amuse autant avec ces gangsters archétypaux qu’avec ses personnages de trentenaires alcoolisés.
C’est aussi un putain d’hommage aux actioners des années 90 avec des courses poursuites qui font la part belle aux « vraies » cascades et dont la mise en scène virtuose met instantanément tous les tâcherons d’Hollywood en PLS tout en renvoyant la saga Fast and Furious au bac à sable. On a un peu l’impression de voir les très intenses morceaux de bravoure routiers de Drive (avec lequel Baby Driver partage la figure du chauffeur mutique même si la comparaison s’arrête là) dont l’ampleur et la longueur auraient été multipliés par dix.


Baby Driver c’est également un vrai film d’action auditif et sensoriel où la BO est systématiquement utilisée comme un vecteur émotionnel et un outil narratif ce qui permet à Wright d’enchainer les prouesses de montage comme lors d’une sanglante fusillade rythmée par Tequilaaaaaaaa ! La musique étant au cœur du récit, la péloche ressemble donc logiquement à une partition endiablée avec ses envolées, ses refrains et ses ruptures.
A l’arrivée, ces qualités et une palanquée de dialogues tarantinesques suffisent amplement à hisser Baby Driver au-dessus de la majorité des polars « cools » (la comparaison entre Wright et son compatriote Guy Ritchie fait à ce titre très, très, très mal pour ce dernier !). Néanmoins, on aurait tort de résumer le métrage à son génie formel et à l’incroyable dose de fun qu’il délivre.


En effet, à l’instar de ses précédents films, Wright prend un malin plaisir à détourner et à subvertir certains codes. Ainsi, il ancre son récit dans une irrésistible ambiance meta (certains décors, ce dialogue a priori anodin sur les protagonistes et leurs surnoms) et se permet de jouer avec la figure du super-héros à travers le parcours de son héros qui comme les Bruce Wayne et autres Peter Parker, possède aussi sa propre origin story, son « oncle ben » et ses traumas enfantins. En outre, la caractérisation des personnages se révèle pleine de surprises avec notamment plusieurs changements d’antagoniste inattendus qui rendent l’ensemble bien moins manichéen qu’il n’y paraît et qui compilés à des ruptures de ton et à un traitement de la violence loin d’être toujours ludique, permettent d’entretenir un suspense qui ne faiblit jamais.
Le film doit enfin beaucoup à ses interprètes avec en tête Ansel Elgort qui est le meilleur choix de casting de l’histoire des choix de casting et qui s’impose comme une des révélations de ces dernières années. Mention spéciale à Jamie Foxx qui après avoir camper un héros ambigu dans Django Unchained, prends ici son pied dans un rôle de fumier intégral et au duo Jon Hamm / Eiza Gonzalés sensationnels en Bonnie & Clyde.


Baby Driver est donc le premier vrai chef d’œuvre de son auteur : un film qui transpire l’amour du cinéma à chaque plan, qui va en crescendo et qui ne prend jamais le spectateur pour un con, signé par un type intègre qui a refusé d’aller cachetonner chez Marvel pour rester fidèle à sa vision du 7ème art.
Le potentiel culte de l’affaire est une évidence et le film filera probablement des pollutions nocturnes aux geeks et aux hipsters de tout poil. Pour une fois, on les comprend totalement…

Diego290288
10
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le 16 juin 2017

Critique lue 499 fois

Diego290288

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