Injurieux, désespérément creux et d'un cynisme éhonté le dernier projet de Harmony Korine touche le fond et continue de creuser sa galerie dans les souterrains de la bêtise crasse et tristement récupérable. Vendu sur le site officiel du réalisateur ( et seulement visible en ces voies virtuelles et - à fortiori - pernicieuses ) comme un long métrage de cinéma reprenant sous les gimmicks visuels et narratifs du jeu vidéo Baby Invasion est une pure arnaque d'une médiocrité glorifiant le vide et la culture de l'immédiateté, présentant une poignée de personnages peu ou prou fantoches s'évertuant à massacrer la villa high tech d'une famille de richards dans la plus authentique des laideurs du geste.
Quelques mots sur le regard adopté par Korine en cette occasion aussi déplorable que particulièrement déplaisante : substituant à la caméra le POV d'un personnage-acteur voyant les multiples spots intérieurs et extérieurs de la villa sus-citée Harmony Korine déploie avec fanfaronnerie un "métrage" presque intégralement tourné en vue subjective, nous bombardant d'images ultra flashy mettant à mal notre capacité à dompter notre dopamine. Altièrement pornographique, d'une vulgarité sans précédent dans l'Oeuvre pourtant parfois discutable du cinéaste américain ( et ce point de vue même Trash Humpers trouve là un concurrent indubitablement triomphant en la matière...) Baby Invasion nous noie dans une connerie audiovisuelle permanente au gré d'une musique-bruit proche de la basse fréquence singulièrement décérébrée. Entre deux étapes montées en mode 3.0 Korine le pervers nous invite malicieusement à scroller son "film", brouillant toutes les frontières séparant la fiction de la réalité. C'est volontairement douteux mais complètement antipathique en fin de compte, en acte comme en puissance.
Proposer des expériences immersives au nom du Septième Art demeure pourtant l'une des raisons d'être de l'industrie cinématographique. Hélas le mépris fièrement affiché par Korine au vu de Baby Invasion nous amène nécessairement à faire un pas de côté à l'encontre de l'objet inepte et débilitant qu'il constitue avec indigence et roublardise non feintes. Ici l'interactivité proposée fait davantage l'effet d'un produit fabriqué par un businessman néolibéral chantant les mérites du biff, du cynisme et du matraquage viral de mauvaise aloi que celui d'un passable - ou à peine correct - morceau de cinéma de bon augure. Un pur amas d'immondices claironnant connement que l'argent, le capitalisme et le jeunisme ambiants seront - ô rage, ô désespoir - les maîtres du cinéma de demain. Beurk.