Babygirl
4.9
Babygirl

Film de Halina Reijn (2024)

Nicole, on ne sent pas le cul des gens !

Comment aborder les désirs féminins de domination durant l’acte sexuel en période post me too ? Mieux, comment ne pas se faire taper sur les doigts, en faire un argument de vente, et pourquoi pas un pamphlet féministe par dessus le marché ? C’était le pari improbable, et perdu dans les grandes largeurs par Halina Rejn qui refuse de traiter son propre sujet, par manque de courage, de talent, de liberté des producteurs ou par démagogie pure, c’est au choix et cumulable.


Fin de Reijn

L’ouverture est coïtale avec Romy (Nicole Kidman) qui chevauche un barbu (Antonio Banderas), et s’empresse de quitter la chambre pour aller “se finir” sur un porno moyen, face contre terre.

Halina Rejn décide de tout miser sur cette entame pour nous faire croire qu’on regarde un truc à la Haneke, loin du cinéma commercial habituel. Passée cette scène, qui a au moins le mérite d’intriguer sur le psyché de Romy, se succèdent alors de très longs moments mous, et caricaturaux, de la romance cul cul entre la CEO de l’Amazon inclusif, et le stagiaire de 28 piges (c’est l’âge de l’acteur mais allez savoir combien le personnage est censé avoir).

Et surtout, cette liaison ne tient pas la route : Samuel (Harris Dickinson, bon acteur au demeurant), avec sa plastique, son côté gentil garçon ne colle absolument pas au personnage tel qu’il aurait dû être imaginé.

Il eut été plus intéressant de présenter un complet opposé à Antonio Banderas. Il aurait fallu un petit mec bizarre, pas vraiment beau, peut être avec un gros pif j’en sais rien, mais avec un instinct dominateur, qui comprend les besoins déviants de Romy. Il aurait fallu qu’elle se salisse les mains pour obtenir son plaisir.

Or c’est un type tout aussi sympa et mignon qu’Antonio ! sauf qu’il a 20 ans de moins. Et si c’était ça le vrai sujet du film, le besoin pour ces femmes de nous montrer qu’elles sont toujours aussi désirables à 57, à 67 ou 87 ans.

Et l'une des rares scènes de domination n'est même pas filmée pour illustrer le propos mais par simple vanité, pour montrer Nicole Kidman à poil et qu'on se dise qu'elle est bien conservée. Car cette mise à nu, intervient tardivement, ne marque aucune étape et ne change rien à leur relation. On a rapproché cette démarche de celle de Demi Moore dans The substance, mais cela n'a rien à voir, Demi Moore fait le contraire et n'hésite pas à ruiner son corps et son image. Kidman, montre juste le pognon qu'elle dépense pour rester jeune à jamais, comme Tom Cruise.

Or cela a déjà été fait, c’est même fait régulièrement (on a bien eu Françoise Fabian et Guillaume de Tonquedec dans Le prénom, et Eric Neuhoff me pris d'insérer "un film sur 2, Huppert 71 piges, qui se tape des mecs qui ont 30 ans de moins").


Dober woman

Car “les pensées sombres” qui assaillent Romy depuis son enfance ne semblent pas vraiment satisfaites par cette liaison. Le déclic intervient au début dans une chambre ordinaire où Samuel demande à Nicole de se mettre à 4 pattes pour manger un biscuit, comme pour dresser un clébard. Alors elle aboie un peu, oui mais pas aussi bien que Chabat dans Didier. Et elle obtient l’orgasme, en étant masturbée face... contre terre.

Les autres moments érotiques consistent en des copulations debout contre une porte de bureau, ou des cagoinces, (et y a même des bisous dans le cou !). On est loin de Belle de jour, Lune de fiel, Shame ou de la prisonnière. Des films, pas toujours géniaux, mais qui ont au moins pris des risques en traitant vraiment leur sujet.

Nicole Kidman ayant limite l’âge de sa grand mère, n’a pas envie de s’avilir et d’expérimenter l’interdit, elle a juste envie de prendre son pied avec un jeune éphèbe, abonné à Basic Fit et sympa, et c’est compréhensible, il n’était pas nécessaire de présenter le film comme une version potable de 50 shades of grey.

Puisque ce film est vendu comme une liaison malsaine, fondée sur un retournement jouissif de domination, avec une femme riche de pouvoir qui dépasse ses limites plan plan fixées par le patriarcat immémorial (cf son gentil mari qui lui dit qu’il l’aime et qui a encore du désir pour elle après plus de 17 ans, un patriarcat qui doit en faire saliver plus d’une smicarde mère célibataire en réalité), on s’étonne qu’au final elle reste dans la sexualité très normée. Elle qui voulait qu’Antonio la tringle avec une oreiller sur le visage, ne demande même pas à son Samuel de concrétiser un fantasme du genre, dont l’absence ruinait manifestement sa vie de couple.

Et si cela n’a pas été fait, c’est parce qu’Halina Rejn a été elle même gênée par l’envie de son personnage, gênée de filmer le beau et gentil Samuel étrangler, chosifier ou malmener Romy, comme le premier Weinstein venu. Elle n’aurait pas su le montrer, et assumer le plan. Elle ne défend pas son propre film. C’est un peu comme si Scorsese avait refusé de montrer Joe Pesci planter un stylo dans la gorge de l’autre type dans Casino, de peur que cela donne des idées, ou que l’on cesse de le trouver amusant.

Vouloir faire un film pour dédiaboliser les fantasmes féminins inavouables tout en ayant peur de les évoquer, par crainte de desservir son propos, et d’aller ainsi à l’encontre du discours ambiant sur le consentement, rend donc l’ensemble limité et donne l’impression d'un manque de courage flagrant.

Enfin, il est très difficile d’éprouver de la compassion pour les soucis aussi dérisoires d’un personnage ultra dominant. C’est l’anti victime absolue, présidente toute puissante d’une compagnie qui fait des milliards, elle est admirée par ses collaboratrices, son mari l’aime toujours, sa famille est épanouie, mais son mal être vient du fait que son mari ne sait pas la doigter face contre terre.

Fort heureusement il apprend à la fin et tout rentre dans l’ordre ! Le bonheur total tient décidemment à peu de choses.

Negreanu
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le 22 févr. 2025

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