Le constat est terrible : trois (excellents) films sur le cinéma d'antan, trois échecs cuisants au box-office : sale temps pour les nostalgiques de l'âge d'or. Pourtant, comme je viens de l'écrire, il est peu dire que ce « trio » aurait mérité un tout autre destin, à commencer par « Babylon » (toutefois apprécié et reconnu en France). Certes, c'est le titre des excès, des folies, pas toujours aimable et n'hésitant pas à mettre les pieds dans le plat, quitte à plonger dans les outrances.
Mais c'est justement cela qui est beau ici : on sent chez Damien Chazelle un amour débordant pour cette époque et une grande lucidité quant à ce qui pouvait s'y dérouler, s'y nouer, s'y défaire, à l'image de l'ascension des uns et la chute des autres. Sorte de miroir déformé, grinçant de « Chantons sous la pluie » pour raconter l'avènement du parlant et les innombrables conséquences de ce dernier, l'œuvre ose beaucoup, mais jamais gratuitement, ne perdant jamais de vue son propos initial et offrant son lot de scènes hallucinantes, parfois drôles, parfois tragiques, où ces destins croisés finissent presque irrémédiablement par se perdre.
Personnages plus vrais que nature, décadents et pourtant si attachants (ou justement pour cette raison), notamment interprétés par un impeccable Brad Pitt, se faisant toutefois voler la vedette par une Margot Robbie survoltée, follement sensuelle (voire sexuelle) et terriblement fragile, sans oublier le prometteur Diego Calva, seul protagoniste à peu près « normal » de ce délirant tourbillon cinématographique.
Alors il y a cette fin, maladroitement intégrée, pas franchement dans le ton, mais il serait dommage de ne retenir que cela au vu de l'incroyable richesse d'une œuvre qui restera certainement comme l'une des plus épiques et grandioses sur l'Histoire du septième art.