Bac nord n’est pas un film qui explique et qui comprend la banlieue, c’est un film qui la met en scène comme partie prenante d’affrontements spectaculaires contre la police. Aucun visage n’est mis sur ses habitants quasi toujours cagoulés et dont on ne questionne jamais la condition. L’autre ennemi, c’est la hiérarchie. Gangrénée par des objectifs de rentabilité et d’optimisation, elle contraint les policiers à mener certaines actions plutôt que d’autres, frustrant ainsi certains agents déterminés à enrayer la délinquance.
Finalement, de par cette déshumanisation et ces critiques, le spectateur sort de la salle rempli d’empathie et même de pitié pour la police. Et pourtant, ce n’est pas pour autant que celle-ci adopte une conduite exemplaire, on ne compte pas le nombre de gifles ou de coups assénés en l’espace d’1h47. Le problème réside dans le fait que cette conduite n’est jamais remise en cause ni questionnée par le réalisateur. Celui-ci prend le parti de banaliser cette violence au profit de scènes d’arrestations particulièrement violentes – je pense notamment à l’arrestation des vendeurs de tortues. Cédric Jimenez met aussi un point d’honneur à présenter de manière larmoyante la libération des policiers après leur incarcération. Qu’en est-il des dealers, de leurs peines et de leur famille ? Le spectateur n’en saura jamais rien.
Reste quelques qualités à accorder à ce film, les scènes de guérillas sont en effet assez réussies – et semblent réalistes –, on comprend les difficultés auxquelles les policiers de la bac nord doivent quotidiennement faire face. D’autres scènes sont réjouissantes, je pense ici à l’arrestation d’un jeune garçon qui se finit en chanson dans la voiture de police. Mais ne faudrait-il pas y voir une hypocrite tentative du réalisateur d’humaniser la banlieue et les policiers ? Si maintenant vous voulez voir un film qui ne tombe pas dans la caricature facile des quartiers, je vous enjoins d’aller voir Bonne mère d’Hafsia Herzi actuellement en salle. On y voit d’ailleurs plus de femmes, et surtout plus d’humanité.