Après avoir vu La French et HHhH, je plaçais de grands espoirs en ce jeune réalisateur qui faisait partie d’une jeune garde montante au sein du cinéma français. Eh bien j’avais raison : Bac Nord et Novembre sont venus confirmer tout le bien que je pense de lui, et tout le bien que beaucoup de monde dit de lui… Et pourtant, quand on grandit dans les quartiers nord de Marseille, l’avenir parait sombre, si toutefois on parvient à s’en voir un, du moins de l’entrevoir. Preuve en est qu’on peut se sortir de cette espèce d’écosystème malfaisant, et ce n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Alors quand cette affaire sort en mars 2012 à grands coups de médias, ponctués de discours politiques qui s’avèreront par la suite en partie diffamatoires et même insultants, et tout cela avant que toute cette histoire ne retombe comme un vulgaire soufflé au fromage au goût bien fade, cela suscite des questions. Mais pas sans conséquences, puisque la brigade Bac Nord a été dissoute.

Alors comment tout cela s’est fini ? Evidemment, bien que pas concerné par cette affaire qui a secoué la France entière notamment les rangs de la police, il fallait bien se renseigner. Et c’est ce que Cédric Jimenez a fait, par l’intermédiaire de son producteur Hugo Sélignac.

Le résultat est bluffant de réalisme. Le scénario ne perd pas de temps à mettre en place l’histoire. Non, ce sont les décisions politiques (et par conséquent les dirigeants de la police) qui se chargent de le faire en faisant de nos policiers des policiers du dimanche : pas de vague en n’allant plus chercher les petits trafiquants, on préserve le matériel, etc etc… Alors que ce sont des gars du terrain, formés pour ne pas faire dans la dentelle, formés pour arrêter les délinquants de toutes sortes.

Un film qui dénonce donc, un film coup de poing. Un film dans lequel les policiers aujourd'hui en poste se reconnaissent tant ils ont la sensation que leurs actions ne servent à rien, ou presque. D’ailleurs, à travers les reportages tournés en immersion avec les forces de l’ordre et diffusés sur les différentes chaînes de télévision, on pourra remarquer ici et là l’affiche du film accrochée au mur de quelques bureaux de déposition. Pour leur avoir posé la question, ce film est un exemple pour eux car il dit ce que tous ces policiers pensent tout bas, il pointe du doigt la politique de chiffres. Les chiffres… aaaaah les chiffres !! Ah ces sacro-saints de chiffres !!

Alors oui, grâce à la réalisation nerveuse de Cédric Jimenez, mais aussi à l’implication totale des acteurs principaux, les 104 minutes passent sans coup férir. Il aurait même pu durer 2h sans problèmes. Entre un Gilles Lellouche magnifique en chien fou, un Karim Leklou superbe en faux calme, un François Civil inattendu que j’ai bien failli ne pas reconnaître, et un Cyril Lecomte magnifique en gars coincé entre le marteau et l’enclume et qui doit sauver sa peau, et même si l’histoire du film n’était pas réelle, eh bien on croit aisément à la trame du film, et pour cause ! Il n’y a qu’à regarder ce qu’il se passe, en sachant que la situation n’a fait qu’empirer depuis la date des faits !

Cependant il ne faut pas dresser la vie des quartiers nord de Marseille en noir non plus, du fait que certains jeunes de la banlieue et véritables policiers qui étaient figurants dans le tournage du film se sont mélangés sans souci, Créant ainsi une très bonne ambiance entre les équipes de tournage et les résidents de la banlieue marseillaise où il s'est déroulé. Pour une fois qu'il se passe quelque chose où ces jeunes peuvent participer à un vaste projet... Et le fait que tout se déroule au mieux a fait de la réalité de ce tournage un véritable partage qui, selon Cédric Jimenez et Gilles Lellouche, s’est avéré être une ambiance de communion entre les différents acteurs. . D’ailleurs ça se ressent à l’écran à travers nos trois acteurs principaux, auxquels on peut rajouter Adèle Exarchopoulos. Une bande de potes, en somme. Soudés comme jamais.

Bac Nord est donc un film rondement mené, avec des séquences bougrement tendues dont une au cours de laquelle on craint pour la vie d’un des gars du trio de tête d’affiche, des face à face dans lesquels on ne lit aucune peur mais de la défiance, le tout aéré par des séquences de camaraderie, de joies, où sont posés les enjeux qu’ils soient professionnels ou personnels

Un film qui a le mérite de dire les choses et que la classe politique devait plus tenir en compte tant l’insécurité grandit toujours davantage au fil des années, des mois.

Stephenballade
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le 22 janv. 2026

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