Depuis les années 1970, le Cinéma des antipodes nous offre régulièrement des productions marquées du sceau de l’exploitation. Si elles proviennent principalement de l’Australie, il arrive que, de temps en temps ce soit un film de sa voisine, la Nouvelle-Zélande, qui parvient jusqu’à nous. En 2003, en pleine hype du « Seigneur des Anneaux », ayant mis un gros coup de projecteur sur ce petit pays, sortait « The Locals », un tout modeste flick horrifique, signé par Greg Page, dont c’est à ce jour le seul long-métrage.
Avec une prémisse très orientée teenage movie, légèrement agaçante avec un humour ras des pâquerettes, dans un premier temps « The Locals » ne fait pas vraiment rêver. Puis le récit démarre lentement, sans parvenir à imposer ses personnages, qui ne sont autres que deux clichés ambulants, dont il est facile de prédéfinir le sort, ce qu’il serait possible de faire si le film allait dans la direction qu’il semblait suivre… Car d’un seul coup d’un seul, il prend brutalement une nouvelle configuration.
La comédie s’estompe et laisse place à une ambiance pesante, presque poisseuse, qui laisse de côté tout projet de surf et de plage des deux protagonistes, pour mieux les perdre dans la rase campagne. Celle de Leatherface hein, pas celle de Normandie. C’est alors que le métrage revêt tout son sens, mais surtout il devient un véritable petit plaisir d’exploitation Bis, avec son scénario minutieux et une mise en scène qui tentent des audaces formelles, bien souvent réussies. Brusqualement le film évolue totalement en un autre film, et ça, c’est toujours cool quand ça arrive, surtout quand le début est paaaaaaaaaaas spécialement folichon (sauf à la revoyure).
Greg Page nous plonge ainsi dans une œuvre d’épouvante frissonnante, dont distille parfaitement l’atmosphère menaçante. Une grande part de mystère voile par conséquent l’ensemble et, pour peu que l’ait soit sensible aux charmes de l’épouvante néo-zélandais, c’est dès lors un pur délice de cinéma de genre qui se met en place. Tout en conservant un ton comique sur certains passages, c’est pourtant bien un drame qui se joue sous nos yeux, qui culmine avec une séquence émotionnellement forte, radicalement en rupture avec le début. La montée progressive en tension, ainsi que la maîtrise des tenants et des aboutissants de l’univers proposé, font de « The Locals » une œuvre complète et terriblement sympathique.
De plus, le métrage s’avère sous influence, bien assumée, puisque Greg Page cite très clairement quelques classiques ici et là, sans forcément s’y attarder, plus sous le signe du clin d’œil que de l’insistante référence. Ainsi, il est possible d’y trouver une cabane qui ressemble à s’y méprendre à celle des « Evil Dead », quelques endroits poisseux qui évoquent la maison de « The Texas Chainsaw Massacre », ou encore, celle qui m’a sans doute le plus amusé, deux personnages dont les vêtements et la voiture sont directement issus du « Bad Taste » de Peter Jackson.
C’est donc à l’aura de petits classiques fauchés, devenus des monuments de l’Horreur au Cinéma, auquel se réfère « The Locals », et le pire c’est qu’il a certainement sa place à leur côté. Ce n’est pas parce qu’il n’en a pas eu le succès, qu’il ne rappelle pas les débuts de cinéastes aujourd’hui installés, mais qui ont eux-aussi commencé par construire leurs premiers métrages avec des bouts de ficelle. C’est aussi ça qui s’échappe du charme de l’œuvre de Greg Page, et il est dommage qu’il n’ait pas conclu l’essai, puisqu’il y avait assurément un espace tout trouvé pour lui dans la production cinématographique de genre, venu des antipodes. Toujours est-il qu’il reste ce film, qui reste agréable à découvrir ou redécouvrir actuellement, car il n’a pas bougé et il en est toujours non moins génial.
Stork._