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Je n’ai pas lu le livre Baise-moi, mais j’avais lu King Kong Théorie et, pour être honnête, je me souviens plus du Kong que de la théorie. L’ouvrage de Despentes m’avait marqué davantage pour son ton, son ambiance, son message, qui s’approche davantage du crachat en pleine gueule à toute bienséance et bien-pensance bourgeoise pour nous donner, avec force et fracas, son vécu, que pour ses développements plus théoriques. En somme, la force littéraire avait pris le pas sur l’ensemble théorique et c’était très rafraîchissant, assez bouleversant, et dur à encaisser. Comme j’aime, quoi ! Je savais donc, avant de me lancer dans Baise-moi, que Virginie allait encore me maltraiter. Et ça n’a pas manqué.
Dépeignant un monde violent, le montage commence par alterner entre deux réalités très semblables, celles de nos deux protagonistes principales, enfermées dans un quotidien froid et chaotique. Chacune, de son côté, est finalement victime du monde. Après leur premier meurtre respectif et leur rencontre, les deux femmes tentent de reprendre le contrôle de leur existence en devenant les agentes du chaos. Pour cette première séquence, nous avons droit à un montage haché, quasiment incompréhensible, mais qui participe à rendre le monde chaotique, incontrôlable. La musique, en ce sens, participe à cela : omniprésente, elle accompagne bien certaines séquences mais contribue aussi à rendre ce monde pesant et lourd.
Le film fait une référence directe à Seul contre tous de Gaspard Noé et il est évident que les deux œuvres se rapprochent : un monde socialement violent où le protagoniste retourne la violence contre celui-ci. Faut croire que le même récit raconté par un homme semble plus convaincant pour les cinéphiles. Despentes met en scène un monde assez semblable à celui de Gaspard, mais lui retire toute esthétisation : prenons les scènes de sexe par exemple. Elles sont authentiques et filmées comme dans un porno, mais sans l’esthétique du porno : il n’y a aucune excitation, le sexe devient une pure mécanique ; pas de récompense, pas de véritable jouissance, juste un truc. La scène de viol est une illustration assez parlante ; aussi choquante et marquante que celle d’Irréversible, elle se termine par un mec qui bande mou et qui n’arrive plus à faire son méfait quand il se rend compte qu’il n’y a pas de résistance en face. La violence n’est pas punie et devient, comme le sexe, une fin illusoire, sans récompense ni punition.
Très proche du roman De sang-froid de Truman Capote, on suit une sorte de cavale où ni la violence ni le sexe n’offrent quoi que ce soit, si ce n’est l’illusion d’une liberté qui n’est qu’illusoire. On pourrait aussi y voir du Solanas et du SCUM Manifesto dans la violence faite aux hommes, mais c’est là que Despentes pose une nuance : le mâle n’est ni mal ni bien et est autant soumis au chaos du monde que les femmes. En fait, tout y est très gratuit. Ça gêne. Le final n’est pas sans rappeler celui de De sang-froid également ; la mort de l’une des protagonistes et l’arrestation de la seconde nous renvoient au simple fait divers. Vite fait, vite oublié.
En outre, nous sommes face à un film radical, fait avec peu de moyens. Le film n’est pas exempt de défauts (le jeu d’acteur n’est pas toujours top, la caméra est assez ivre, il est vrai), mais ces défauts ne me semblent pas desservir le propos du film, au contraire, ils l’accentuent. Je ne comprends donc pas tant pourquoi le film est si mal reçu ; moi, j’y ai eu pour mon compte en tout cas.
Créée
le 30 janv. 2026
Critique lue 5 fois
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