Dans Bait, on suit un pêcheur ayant du mal à joindre les deux bouts dans un village de Cornouailles en train de se transformer peu à peu en centre touristique. Cette histoire permet d'aborder de nombreux thèmes actuels dont la gentrification des petites villes (avec l'arrivée de touristes fortunés) et l'agonie du secteur primaire au profit d'une expansion de l'économie de service (de nombreux pêcheurs quittent leur emploi pour devenir guide, chauffeur de taxi, etc...).
Notre héros tentera de s'opposer à ce processus, notamment en se mettant à dos une famille fraîchement arrivée en ville et ayant ouvert une auberge. Cet affrontement entre ruraux et citadins n'est pas sans rappeler As Bestas, sorti récemment, même si le réalisateur Mark Jenkin opte pour un récit que l'on pourrait qualifier de plus shakespearien.
Mais ce qui marque le plus dans ce film est peut-être sa technique vu que pour tourner, Jenkin a uniquement utilisé une vieille caméra 16 mm noir et blanc, l'obligeant à rajouter tout le son en post-synchronisation. Le résultat est surprenant et isole le film dans le temps. Les seuls moments où l'on nous rappelle que l'histoire se déroule à l'époque actuelle est lorsqu'on nous montre les touristes affichant leurs vêtements et produits de marques comme Apple. C'est une mise en scène intelligente qui parvient à dépeindre les nouveaux arrivants comme des intrus aux yeux du héros.
Une belle découverte.