Valverde,Texas,19ème Siècle.Dee Bishop et sa bande attaquent la banque locale,mais ça tourne mal,le hold-up échoue et ils sont capturés après avoir tué deux personnes.Condamnés à la pendaison,ils parviennent à s'échapper grâce à l'intervention de Mace,le frère aîné de Dee.Ils fuient vers le Mexique en kidnappant au passage la belle Maria Stoner,veuve d'une des victimes du braquage.Poursuivis par le shérif Johnson et ses hommes,ils s'aventurent sur le territoire des Bandoleros,des bandits mexicains particulièrement sauvages qui n'aiment rien tant que dévaliser et étriper des gringos.En 1968,le western classique américain jetait ses derniers feux,miné par l'usure du genre et l'émergence de la concurrence italienne du spaghetti.Le réalisateur Andrew McLaglen fut un des rares à persister dans ce genre,dans lequel il avait baigné dès l'enfance.Fils du comédien Victor McLaglen,acteur fétiche et grand pote de John Ford,le jeune Andrew se trouva très vite plongé dans la marmite westernienne,les stars de la discipline,comme Ford ou John Wayne,lui mettant le pied à l'étrier.Pas étonnant donc que la majorité de sa filmographie soit consacrée au genre,même si en fin de carrière il fera plutôt dans le ciné d'action.Il fera quand même encore six westerns entre "Bandolero!" et le dernier qu'il tournera en 76.Il faudrait un peu réhabiliter le gars,assez sous-estimé en général.Certes ce n'est pas Ford,Hawks ou Mann,pas même Boetticher,Wellman ou Walsh,mais ses films ont de la tenue et résistent bien au temps.Sans avoir l'ampleur et l'envergure de ses glorieux aînés,il s'inscrit dans une bonne moyenne,comme avec cet opus sorti en ces sixties finissantes.Produite par la Fox,bénéficiant du scope et de la color by DeLuxe,l'oeuvre est concoctée par de grands professionnels comme le chef-opérateur William H. Clothier,dont la sublime photo met en valeur les mythiques paysages de l'Ouest,ces grands espaces désertiques fascinants.La musique de Jerry Goldsmith,très inspirée,est en osmose avec l'ambiance d'un récit mi-tragique mi-décontracté,le scénario de James Lee Barrett entrelaçant habilement les destins et les trajectoires de personnages divers.On est ici à la limite du classique et du néo-western,l'influence du spaghetti se faisant ressentir sans toutefois prendre le dessus.La mode italienne battait alors son plein,le "Il était une fois dans l'Ouest" de Sergio Leone étant sorti en cette même année 68,et on constate son empreinte atténuée sur "Bandolero!".Du coup c'est ironique mais pas clownesque,très violent mais peu explicite graphiquement,lent mais pas hiératique,sexy mais de manière retenue.Au fond la seule identification totale au style rital est le cynisme affiché,car cette histoire se finira très mal pour la plupart des protagonistes,pris dans une spirale désespérée.Une grande noirceur et un vrai pessimisme prévalent dans cette description d'une humanité peu reluisante.Les types sont obnubilés par la cupidité et la concupiscence,ce qui les mènera inévitablement à leur perte.On trempe dans un milieu hypocrite et violent,où personne ne peut faire confiance aux autres.On verra donc tous les groupes imploser de l'intérieur avant même de devoir combattre l'ennemi.Mace et Dee sont deux frangins aussi opposés qu'on puisse l'être,à tout point de vue.Le premier est un monsieur Parfait,sorte de boy-scout christique qui veut absolument ramener son cadet dans le droit chemin.C'est un mec droit et arc-bouté sur les grands principes,qui a de plus combattu avec les Nordistes durant la Guerre de Sécession,sous les ordres du général Sherman.Dee,c'est tout le contraire.Il était avec les Confédérés,et après la défaite sudiste il a rallié la bande du capitaine Quantrill,un groupe de soldats perdus qui ont continué leur propre guerre,n'hésitant pas à massacrer des villes entières peuplées de civils.Depuis,il est devenu hors-la-loi et multiplie les mauvais coups avec son équipe de minables,dégoûté autant de lui-même que des autres.A cette opposition entre eux s'ajoute de graves dissensions dans le gang,entre ceux qui veulent baiser l'otage et les Chaney père et fils,un vieux schnock répugnant physiquement et moralement et son fils dégénéré,deux tarés incontrôlables avec qui c'est tendu.Du côté du shérif,ça se gâte aussi,les hommes se rendant compte que leur chef est moins motivé par l'arrestation des fugitifs que par l'envie de récupérer la belle Maria dont il est raide dingue,sans que ce soit réciproque d'ailleurs.Les gars commencent à tourner casaque et à abandonner la poursuite,alors que les agressions de Bandoleros augmentent le danger.On peut estimer que le film est assez misanthrope,et la femme n'est pas épargnée dans l'histoire.C'est une fille dure et forte,qui subit la situation mais sait très bien qu'au fond c'est elle qui mène la danse,elle qui a accédé à la fortune et à la respectabilité par la grâce d'un riche mariage.Au départ c'était une petite mexicaine miséreuse,prostituée dès son adolescence et tirée de là par Nathan Stoner,qui l'a achetée à ses parents.Elle connait l'attrait qu'elle exerce sur les hommes et va en profiter.Parce qu'il faut bien dire que tout le monde veut se la faire,du shérif amoureux prêt à poursuivre indéfiniment la traque pour la ramener aux potes de Dee qui sont toujours à deux doigts de lui sauter dessus,en passant par Dee lui-même,qui ne peut résister à son charme.Même le sinistre Angel,le leader des Bandoleros,va tenter de la violer en plein gunfight.Cette obsession sexuelle sera fatale à presque tous les bonshommes,dont les décisions seront largement déterminées par ce facteur.Quant à la belle,c'est une foutue salope qui craque plus pour les bad boys que pour les mecs bien.Elle avoue qu'elle n'aimait pas son mari,elle rejette Johnson,mais elle partage les sentiments de Dee,un truand qui a provoqué la mort de son époux.Hormis ce cynisme roboratif,il faut avouer que de nombreux défauts plombent le film.Ca manque souvent de rythme,ça bavasse beaucoup,plus que ça n'agit,les cascades,pourtant réglées par Hal Needham,sont un peu ridicules avec ces chutes de cheval forcées ou ces mecs touchés qui sautent en l'air,des images pas très crédibles.Le scénario se laisse parfois aller à des ficelles un peu grosses,comme quand Mace,qui ignorait tout de la situation de son frère et de l'endroit où il était,tombe pile comme par hasard sur le bourreau désigné pour l'exécution,un gars bien disert qui raconte à qui veut l'entendre qu'il se rend à Valverde pour pendre le gang Bishop.On peut également s'étonner de la curieuse stratégie des Bandoleros,qui ont tout loisir de massacrer tout le monde dans les canyons mais préfèrent attendre que leurs adversaires soient réfugiés dans la ville fantôme pour passer à l'attaque complètement à découvert et se faire ainsi dégommer comme des ploucs.On a en fait l'impression qu'on les fait surgir selon la nécessité du script,qu'on les sonne quand on en a besoin.Leur abandon subit des hostilités suite au décès de leur chef a aussi de quoi interloquer.Nonobstant ces scories,le film se tient globalement bien et reste un bon exercice de western à la fois psychologique et spectaculaire.Il est à remarquer que la scène de la pendaison avortée n'est pas sans rappeler celle du début dans "Le bon,la brute et le truand",sorti deux ans plus tôt.Deux vétérans d'Hollywood s'étant déjà illustrés dans le western sont à la tête de la distribution.Tous deux sont employés dans leurs registres coutumiers,James Stewart,60 ans, en incarnation du Bien inébranlable,lui qui était dans "L'homme qui tua Liberty Valance" de Ford,ou les films d'Anthony Mann.Dean Martin,51 balais, est formidable dans son emploi de canaille sympathique,et est resté célèbre pour son rôle de poivrot repenti dans "Rio Bravo".La superbe Raquel Welch prouve ici qu'outre un physique renversant elle est très bonne actrice.La faire violer après que son mari ait été assassiné était semble-t-il un fantasme courant chez les auteurs de western puisque trois ans plus tard elle se fera violenter par un trio de rascals dans "Un colt pour trois salopards".Le shérif droit dans ses bottes et obstiné est incarné par l'excellent George Kennedy,tandis qu'une belle galerie de trognes habituelles au genre meuble l'arrière-plan avec le vieux et massif Will Geer,Andrew Prine en shérif-adjoint dévoué à son boss,Tom Heaton en jeune pistolero à la masse,Guy Raymond en exécuteur trop bavard,ou encore Jock Mahoney,qui fut deux fois Tarzan à l'écran,en mari vite flingué,sans oublier la gueule effrayante de Rudy Diaz en chef des Bandoleros.Notes et critiques de films d'Andrew McLaglen publiées précédemment:"Les oies sauvages"-6,"Les cordes de la potence"-4.Moyenne:5,6.