Un poème de sable brûlé
Il y a dans Banel & Adama cette manière rare qu’ont certains premiers films d’arriver déjà brûlés comme s’ils avaient traversé un soleil trop proche Le film ne raconte pas il dépose un souffle une chaleur un tremblement Ramata-Toulaye Sy filme l’amour comme une force tellurique un courant souterrain qui soulève le sable et dérange les dieux
Banel aimer jusqu’à l’engloutissement
Banel n’aime pas elle réclame
Elle désire comme on exige l’air avec ce refus obstiné de toute limite
Elle ne cherche pas Adama elle veut sa respiration son ombre son destin
Héroïne antique enfermée dans un corps trop jeune trop vertical
Adama douceur qui fissure la terre
Adama marche dans la lumière avec cette douceur dangereuse de ceux qui refusent le rôle qu’on leur tend
On lui dit Tu seras chef
Il répond par un silence
Ce silence fissure la terre
Le film repose sur cette fêlure un homme qui renonce à la place dessinée pour lui une femme qui veut un monde où seule leur passion fait loi un village qui survit grâce à des règles que l’amour ignore
La nature comme oracle
Le sable se retire
Le vent s’assèche
Les vaches tombent comme des sentences
La catastrophe n’est pas spectaculaire elle est minérale
Le film devient un poème climatique où la météo dit la vérité que les humains refusent
Les trous un geste vers la folie
Les trous que Banel creuse tombes berceaux refuges gouffres
Elle creuse la terre comme on creuse son propre esprit cherchant une issue une disparition un adieu
Chaque pelletée est un pas de plus vers la folie
La chute une tragédie antique
Adama meurt comme un arbre trop jeune qui casse sous la sécheresse
Banel le suit avalée par sa propre fièvre rendue à la poussière qu’elle voulait dominer
Le film rejoint la mythologie là où l’amour trop grand se retourne contre ceux qui le portent
Conclusion
Lent, hypnotique, esthétique
Banel & Adama est un film vertical brûlant un conte d’amour qui s’effrite comme le sable qu’il filme
Un cinéma qui ne raconte pas mais révèle
Un film qui brûle en silence