Les bandes annonces de films d’arts martiaux sont parfois trompeuses, aimant mettre en avant des extraits de combats en masse, comme pour nous faire croire que tout le film sera blindé d’action qui déboite, alors qu’au final, ces combats n’occupent que peu de place dans le film et on doit se fader 1h30 des plus chiantes. L’exemple récent le plus flagrant étant les quatre films de la collection Tiger Style Ultimate Martial Arts de Paramount dont je vous ai parlé récemment, qui nous promettait de bonnes petites séries B martiales, mais on se retrouvait au final avec des films avares en action, préférant se concentrer sur un scénario simpliste et bas de gamme. Mais Bangkok Dog, premier film de la jeune réalisatrice Chaya Supannarat, nous met en confiance dès la première scène, une saisie de drogue sur des quais où trois des protagonistes principaux, dont les cascadeurs Brian Le et D.Y Sao qui ont travaillé sur des films tels que Everything Everywhere All at Once (2022) ou encore Shang-Chi (2021), se mettent joyeusement sur la gueule et, au final, Bangkok Dog, bien qu’imparfait sur de nombreux points, a compris ce que le spectateur voulait voir.


Le cinéma thaïlandais a eu un regain d’intérêt auprès des amateurs de cinéma asiatique et de cinéma martial après le succès phénoménal du Ong Bak (2003) de Prachya Pinkaew qui a mis un grand coup de pied à un cinéma martial qui avait du mal à se renouveler. Ont suivi des films tels que Born To Fight (2004), L’Honneur du Dragon (2005), Boxers (2007), Chocolate (2008) ou encore Raging Phoenix (2009) parmi tant d’autres. Jusqu’à son essoufflement aux alentours de 2012/2013, la Thaïlande nous envoyait à la face des bobines qui, à défaut d’être toutes réussies, avaient le mérite de proposer de bonnes scènes d’action. Et puis, le calme plat. Mais depuis 2 ou 3 ans, on voit fleurir de nouveau des bobines qui tentent de renouer avec ce cinéma qui en avait impressionné plus d’un et Bangkok Dog est le dernier en date à l’heure où j’écris ces lignes. Quasi exclusivement tourné en langue anglaise, le thaïlandais n’intervient qu’à de rares occasion puisque même les acteurs locaux parlent parfois dans la langue de Shakespeare entre eux. On sent bien par-là les envies de toucher rapidement un public occidental. Dans Bangkok Dog, le jeu des acteurs(trices) n’est pas toujours au point, et on sent bien qu’ils sont acteurs martiaux à la base, et pas acteurs. Ils livrent leurs répliques de façon un peu trop mécanique, parfois à côté de la plaque, empêchant de prendre l’histoire au sérieux. Le personnage du héros est finalement le plus problématique et il est difficile de croire qu’un personnage de flic infiltré se laisse aussi rapidement embarquer dans cette vie de combats, de fêtes et de tortures sans être plus torturé. Seul Sahajak Boonthanakit offre réellement une solide performance dans le rôle d’un patron du crime sadique prêt à brûler vif ses victimes. Malgré ce jeu d’acteur approximatif, l’amitié qui se noue entre certains personnages va les rendre éminemment sympathiques, un peu comme à la belle époque du cinéma de Hong Kong qui aimait mettre en avant ces amitiés masculines viriles. Le scénario de Bangkok Dog est ce qu’il est, plein de facilités, de clichés, d’incohérences également, il est surtout prétexte à proposer des scènes d’action et ne va jamais chercher à aller au-delà que son postulat de départ.


Le film joue la carte du flic infiltré qui finit par se lier aux méchants et commence à perdre son identité d’origine avant de revenir à la raison suite à un évènement marquant. Si vous cherchez une intrigue bien ficelée et un développement profond des personnages, c’est raté. Il n’y a aucune surprise et le film nous donne ce qu’on s’attend à avoir. Mais si vous aimez les films popcorn qui mettent avant tout en avant les arts martiaux, qui mettent l’accent sur l’action, alors installez-vous confortablement devant votre écran. On sent une réelle envie de proposer des combats impressionnants, et pour cela ils se sont entouré de véritables artistes martiaux, et la réalisatrice essaie de rendre ses combats les plus lisibles possibles. Les coupes sont limitées à leur strict minimum car il semblait inconcevable de monter cela n’importe comment, et les plans sont suffisamment longs pour qu’on puisse apprécier les arts martiaux. D’autant plus que les chorégraphies sont travaillées et souvent assez impressionnantes, certains coups clairement portés comme à la belle époque de Ong Bak ou Born to Fight, même si, on a parfois l’impression d’être devant des démos martiales dans que cela ne soit réellement gênant. C’est rapide, nerveux, parfois bien violent, et certains combats sont sincèrement très réussis. D.Y. Sao est très impressionnant, à mi-chemin entre Bruce Lee et Donnie Yen, tout comme Brian Le avec sa corpulence rappelant parfois celle d’un Sammo Hung jeune, mais avec le visage de Gordon Liu. Et puis les combats sont relativement fréquents, permettant de compenser aisément le classicisme du scénario et les problématiques du jeu d’acteur. Pour une première réalisation, Chaya Supannarat s’en sort étonnamment bien à ce niveau-là et on espère que ses projets à venir seront également consacrés aux arts martiaux, et continuer de travailler avec le collectif Martial Club (dont Brian Le fait partie) est possiblement une bonne idée. Alors oui, clairement, il faut se lancer dans Bangkok Dog en n’attendant absolument rien d’autre que des bons, voire très bons combats martiaux, car le reste n’est au final qu’accessoire.


Si Bangkok Dog n’avait pas ses scènes martiales, il n’aurait été qu’une série B sans aucun intérêt. Mais ces scènes d’actions sont là, réussies, en nombre, et devraient ravir tous les amateurs de films de tatanes.


Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-bangkok-dog-de-chaya-supannarat-2024/

cherycok
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le 27 déc. 2024

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