Raconter le destin du bandit Barabbas après que sa vie a été mise en balance avec celle d'un certain autre n'est pas initialement une mauvaise idée. De ce brigand fruste et brutal -emploi qui revient de droit à Anthony Quinn, suivant ses rôles habituels- de ce gredin sans foi ni loi, Richard Fleischer présente le tout neuf sentiment de culpabilité et l'incompréhension que Barabbas, l'être néfaste et inutile épargné au détriment d'un homme d'exception, exprime confusément. Le réalisateur évoque sa transformation morale, incertaine, selon que Barabbas épousera ou pas la religion nouvelle.
Toutefois, ce caractère psycho-mystique attaché au personnage composé par Anthony Quinn est bien trop superficiel et démonstratif pour que Barabbas surpasse le héros commun du péplum. Peu soucieux des tourments moraux de son héros historique, Fleischer exerce son savoir-faire certain dans le spectacle antique à la sauce hollywoodienne. D'abord dans les mines de soufre où le bagnard Barabbas purge une peine de vingt ans qui paraissent deux semaines ; puis, surtout, dans la partie la plus développée du film, dans les arènes où le vieillissant bandit fait office de gladiateur.
Il y a fort à parier que, sans ces jeux du cirque, où Jack Palance compose avec une expressivité bien à lui un combattant aussi méchant que sadique, le cheminement de Barabbas aurait moins intéressé et préoccupé les producteurs du film, spectaculaire mais dénué de la sensibilité, de la profondeur spirituelle et de l'intensité dramatique que requérait le sujet.