Une comédie française de et avec Fabrice Éboué et Marina Foïs, cela change des comédies familiales dites populaires qui polluent nos écrans. Certes, il en faut pour tous les goûts, puis leur succès prouve qu’il y a un public pour ce genre de films. Pour ma part, j’apprécie l’humour noir, le cynisme, l’absurde et la critique sociale, que cela sorte des normes et des ressorts habituels de la comédie à la française. A priori, Barbaque semble avoir le potentiel pour me satisfaire.
L’amour à mort
Vincent (Fabrice Éboué) et Sophie Pascal (Marina Foïs) sont en pleine séparation. Elle ne supporte plus que son mari ne fasse plus attention à elle, ne la surprenne plus et de la routine qui s’est installée au sein de leur couple. Un événement va chambouler leur vie. Des extrémistes végans vont saccager leur petite boucherie familiale. Plus tard, le hasard va les mettre face à l'un d'eux, qui va se conclure par un “accident”. Par un nouvel et heureux hasard, le cadavre va se retrouver dans l’assiette de leurs clients et obtenir un franc succès auprès d’eux. Pour continuer de les satisfaire, ils vont devoir se lancer dans la chasse aux végans. C’est le début d’une descente aux enfers pour ce couple que rien, ou presque, ne prédestiné à entamer un joyeux massacre.
Sophie and Vincent Barreau
Marina Foïs et Fabrice Éboué se complètent à merveille. Elle passe ses soirées devant Faites entrer l'accusé, seule au fond de son lit. Une influence sur son esprit qui va avoir des conséquences désastreuses pour les végans. Elle se réfère aux tueurs en série, à leur mode opératoire pour motiver son mari, tout en le castrant pour satisfaire son estomac et compte bancaire. Il est sous emprise, constamment rabaissé par sa sociopathe de femme.
Peut-on rire de tout?
Fabrice Éboué ose presque tout et c'est à ça qu'on reconnait son talent. Il dézingue à tout va, sans faire de prisonniers. Il s'en bat royalement les couilles du politiquement correct. Il prend les végans comme cible, s'amuse de leurs convictions et positionnements comme du couple de gros cons de beaufs bourgeois. Son cynisme est jouissif. Il enchaîne les blagues racistes et graveleuses qui ne sont que le reflet des déviances de leurs personnages, ponctuant chacun de leurs traits d’humour par un rire bien gras, symptomatique du sale con.ne. Ça grince, c’est parfois limite mais son absence de méchanceté rend l'ensemble appréciable. Finalement, il est plutôt bienveillant avec les végans, n’ont-ils pas une chair délicieuse grâce à leur choix de vie, contrairement à son “ami” Marc Brachard (Jean-François Cayrey), ce carnivore prétentieux et imbuvable.
De nos jours, on ne peut plus rien dire. C'est totalement faux. La parole n'a jamais été aussi libre. C'est le fait de débattre qui n'existe plus. Chacun déclame sa "vérité", sûre de son fait, ne prenant jamais la peine d'écouter l'autre. Alors certes, Fabrice Éboué tranche dans le vif pour faire rire les spectateurs.trices comme un collégien dans la cour de récré, au détriment de certains mais il n'est jamais méchant. On peut le trouver cynique, parfois limite (blagues sur Hitler, la Shoah) mais cela reste drôle, du moins pour ma part. C'est un cinéma qui ne va pas plaire à tout le monde, comme celui des grosses comédies franchouillardes ne me convient pas : Les Tuche, Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu? Les Dany Boon, Christian Clavier, Philippe Lacheau, Didier Bourdon, Chantal Ladesou, etc… Il en faut pour tous les goûts, mais c’est plus appréciable lorsque c’est aussi exquis que le porc d'Iran.
Le goût des autres
Barbaque est une comédie, mais pas seulement. C’est aussi une critique sociale à travers le rapport entre les deux couples socialement différent, ainsi que le racisme dont Marc et Sophie Brachard en sont les (in)dignes représentants. Le film parle aussi des relations humaines, de la vie de couple et de l’influence de la télévision. Fabrice Éboué ne se refuse pas une incursion dans le gore avec le démembrement d’un corps, ainsi que le cannibalisme, ce qu’on a pas vraiment l’habitude de voir dans le cinéma français, encore moins dans une comédie. Un mélange des genres plus typique du cinéma sud-coréen. Cette prise de risque est salutaire. Il permet d’offrir un autre type de films, de faire différemment en nous sortant de notre zone de confort, un peu comme ce fut le cas avec Albert Dupontel grâce à son Bernie.
Le film nous propose des moments savoureux autour de la table : les repas chez le couple de beauf bourgeois, le déjeuner avec le petit connard d'ami végan de leur fille où la découverte du plaisir de déguster de la bonne chaire végan par Vincent dans la pénombre de sa cuisine, sous le regard envieux de son adorable chien. Le repérage puis la chasse aux végans sont aussi des moments savoureux, ainsi que son Allahu akbar afin d’induire en erreur son monde, au risque de finir sur BFMTV et LCI avec un bandeau le qualifiant de terroriste musulman, alors que c’est juste une personne mentalement déficiente.
Enfin bref…
Après Coexister en 2017, Fabrice Éboué continue de creuser son sillon en abordant des thèmes d’actualité avec une manière qui détonne dans le paysage du cinéma français pour faire de Barbaque, une comédie à part. Il sait s’entourer avec la présence de Marina Foïs qui participe grandement au plaisir d’assister à ce joyeux massacre.
On en ressort ravi d’avoir passé un bon moment en compagnie de ce couple, de s’amuser de leurs mots, regards et travers, avec d’autres spectateurs.trices dont le rire est communicatif. Un humour aussi bien subtil, que grinçant ou parfois gras, qui fait le plus grand bien.