Rien de tel qu'une réservation Airbnb pour débuter un film d'horreur. Surtout quand votre maison de location se situe au milieu d'un quartier sinistré et abrite déjà un particulier. Si ces deux lignes de résumé vous semblent alléchantes, ne cherchez pas à en apprendre plus. Ça vaut mieux pour vous et pour Barbare. Zach Cregger a porté ce projet à bout de bras sans rencontrer le moindre enthousiasme de la part des financiers, jusqu'à ce que le précieux soit soutenu par BoulderLight Pictures et Vertigo Entertainment à hauteur de 4.5 millions de dollars pour un tournage en Bulgarie. Il y a fort à parier que les réfractaires parmi lesquels A24 (soutien principal des auteurs en mal de mécènes) regrettent cette fin de non-recevoir, le long-métrage aurait pu ajouter un peu de pimpant à leur rayon épouvante.
Deuxième essai pour Cregger, mais le cinéaste se sent apparemment plus à l'aise ici que dans la veine comique (Miss Mars, 2009). La comédie est affaire de timing, l'effroi relève de l'ambiance. Avec ses mouvements de caméra réglés au millimètre, son montage au cordeau, ses effets de transitions fluides ou le changement de focale, le metteur en scène donne le la avec assurance. Aucune envie de réciter la petite musique du film d'horreur barbant, la menace n'est pas sacrifiée au profit de jump-scares prévisibles. Barbare s'amuse même à en distordre certains clichés, par exemple au détour d'un dialogue questionnant nos perceptions selon les genres. Nullement gratuit, l'échange prendra une autre dimension durant les grands embranchements narratifs. Avec plus ou moins de réussite.
On ne reprochera pas à Cregger de tenter. Son film prend régulièrement son spectateur au dépourvu pour l'inciter à rester bien alerte. Ça ne se passera pas comme prévu ? On le croit pendant un temps. Sauf qu'à force de ruer dans les brancards, les initiatives deviennent répétitives voire hasardeuses. Le sujet (passionnant) fournit encore quelques idées/images fortes, mais la dernière partie un peu décousue et facile dans son épilogue fait perdre des points à l'équipe. Pas trop, tout de même. Et surtout pas au casting, de la superbe Georgina Campbell au génialement ambigu Bill Skarsgård. Eut égard à sa genèse et à la plateforme où il atterrit (en France, du moins), il faut admettre que c'est déjà une jolie petite surprise.