Il y a des films, comme ça, sur lesquels on a des préjugés. Barbarian, entre son titre, son galon d’essai en tant que premier film d’horreur de son réalisateur et sa sortie n’étant même pas passé par la case cinéma chez nous, avait de quoi ne pas donner super envie. Je redoutais le festival charcuterie du mans sur son lit de jumpscare putassiers.

Et j’avais tort.

0 étoiles sur Air Bnb

Tess, récemment séparée d’un copain visiblement toxique, se rend à Détroit pour un entretien d’embauche et loue sur Air Bn’b une petite maison bien sous tous rapports. Ou presque. Ladite maison se trouve dans un quartier tellement craignos qu’on ne s’y promènerait pas même avec un gilet pare-balle et tous ses vaccins à jour et surtout la maison… est déjà louée, à un certain Keith. Par la même personne. Tess se retrouve coincée pour la soirée : pas d’hôtel dispo, une pluie torrentielle et un entretien le lendemain à la première heure. Elle accepte donc la colocation forcée avec Keith. Qui comme il est joué par Bill Skarsgård nous donne instantanément envie de nous dire qu’on préférerait dormir sous la pluie malgré tout.

A partir de là, le spectateur habitué aux films d’horreur roule des yeux, se dit que ok, thriller, ok, huit clos, ok, il connaît. Sauf que tout le premier acte a plus des allures de film de maison hantée, dans ses traveling au travers d’une maison vide, ses plans fixes sur un intérieur évoquant un catalogue Ikéa, et cette musique, bourdonnement continu, qui transforment lentement l’image cocooning d’une petite baraque impersonnelle en sentiment de danger imminent. Au point où on peut se demander s’il n’y a pas du surnaturel là-dessous, puis plus généralement “mais qu’est-ce qui se passe ici ???”

Tess la survivante.

Une question que se pose très tôt notre personnage principal - c’est essentiellement par ses yeux qu’on va vivre les évènements mais pas que. Un très bon personnage au passage, construit autour de la peur - naturelle et même de l’ordre de la survie pour une femme, comme elle l’explique, presque laconique, en début de film. Une peur au départ viscérale plus que rationnelle, qui vont lui permettre d’éviter à peu près tous les travers du personnage de film d’horreur lambda, généralement trop con pour vivre. Le film s’autorise même quelques petites piques à ce cliché lors des découvertes de Tess. Réussie autant que bien jouée, Tess est non seulement plus maline que ses congénères - on parle de bon sens plus que d’intellectuel surdéveloppé, pas de mary-sue ici - mais plus courageuse puisque c’est probablement celle qui a le plus peur. C’est quelque part un des sous thèmes du film : la peur qui révèle la personne qu’on est. Et pour certaines, c’est vraiment, VRAIMENT pas reluisant. Je n’en dirais pas plus, le casting étant relativement restreint, je risquerais de spoiler. Disons que les monstres ne sont pas forcément les plus visibles à l’écran.

Dent de scie (rouillée)

Outre sa réalisation très soignée mais un poil “facile”, Barbarian se construit sur un récit éclaté, avec de soudaines ruptures de ton. Son histoire est somme toute assez simple mais plutôt que de la raconter linéairement, le film préfère intercaler les chapitres, parfois dans le désordre,laissant le spectateur se débrouiller avec ce puzzle de séquences d’époques, de personnages et de tonalités différentes. C’était plutôt risqué - la première coupure fait vraiment un drôle d’effet et pourrait complètement casser l’ambiance mise en place jusqu’ici - mais ça fonctionne plutôt bien… jusqu’au troisième acte.

Sans rien spoiler, déjà, lorsque la menace devient concrète et est identifiée - en partie du moins - la tension retombe un peu, le film fonctionnant mieux lorsqu’il laissait planer le doute. De la maison hantée, on passe à quelque chose s’approchant plus d’un Massacre à la tronçonneuse, poisseux, claustrophobe mais où le danger est tout sauf discret. Si le film reste efficace dans ses scènes de tension, la peur retombe et le découpage abrupt commence à mettre un peu de plomb dans l’aile de l’atmosphère. Le personnage de Justin Long, complètement déconnecté, laisse perplexe, surtout en comparaison du reste du casting, qui s’efforçait de ressembler à des gens ordinaires mais munis d’un cerveau (Non parce que trouver un tunnel sordide sous sa baraque et avoir comme premier réflexe l’idée de le mesurer pour la revente… ok, le personnage est un crétin cynique et écoeurant mais il y a des limites). Bref, le second acte souffre un peu la comparaison avec le premier mais demeure porté par une tension continue.

Et cette comparaison plombe réellement le troisième acte. Il met pour commencer en lumière des incohérences/ plot holes assez problématiques (qui loue le Air BnB ?Qui a entretenu la maison ? Les portes se referment comment ? Keith balade dans le quartier mais n’a jamais rencontré personne pour lui parler de la réputation de la maison ?), d’autant qu’elles auraient été facilement contournables. Les raisons derrière les évènements, très efficacement mise en place durant une scène renvoyant des décennies en arrière, sont balancées du bout des lèvres par un perso tiers, comme si ça n’avait pas d’importance (Si même le film se fout de ses raisons d’exister…) et ce troisième acte durement clairement trop longtemps avec le classique MQVP (Méchant qui veut pas crever, pour les connaisseurs). Le film a l’air de ne plus trop savoir comment résoudre ce qu’il s’est employé à poser durant sa première heure et c’est franchement dommage. On a le sentiment qu’il voulait raconter plus avec certains personnages - les pires salauds, pour les citer sans trop en dire - mais n’en a pas eu le temps.

C’était pas des vacances

Excellent sur sa première partie, un peu mou dans sa seconde et trop expédié dans sa troisième, Barbarian reste un film d’horreur efficace malgré tout mais qui semble s’être un peu dispersé dans son récit, à vouloir le construire sur des ruptures de ton et de timeline. Si ces ruptures fonctionnent, elles semblent perdre le récit sur sa dernière ligne droite, comme si, sans cette astuce narrative, il était incapable de tenir la longueur. On a la sensation que le film aurait pu être mieux fignolé et plus ambitieux, mais il reste intéressant et promet quelque chose de vraiment très cool pour Zach Cregger, s’il parvient à remettre un peu d’ordre pour son prochain métrage.


Les +

Réalisation simple mais efficace

Casting globalement très bon

Ruptures de ton et découpage qui savent surprendre sans plomber le rythme



Les -

Troisième acte qui ne sait plus comment conclure

Justin Long clairement en dessous du reste du casting, probablement plus la faute à l’écriture de son personnage

Incohérences restées en suspens après la conclusion


SubaruKondo
6
Écrit par

Créée

le 13 juin 2023

Critique lue 67 fois

Barbare

Barbare

8

RedArrow

le 25 oct. 2022

Suivre

Les Mystères du 476 Barbary Street

À son arrivée à Détroit, Tess a la mauvaise surprise de découvrir que sa petite maison louée par Airbnb est déjà occupée par un jeune homme. S'excusant tout en lui expliquant qu'il a lui aussi...

Barbare

Barbare

4

Behind_the_Mask

le 6 nov. 2022

Suivre

Mother of tears

Alors, c'est ça le phénomène horrifico-critique de 2022 ? L'un "des films d'épouvante les plus inventifs, méchants et flippants de l'année" (© Mathieu Jaborska - Ecran Large 2022) ? Soit un...

Barbare

Barbare

3

OlivierAntoine1

le 26 oct. 2022

Suivre

complètement débile

Ca fait 2 fois que je me fais avoir par ce petit logo discret en bas de l'affiche: Disney.Ca va finir par devenir un label aussi rédhibitoire que "film français".Mais vu les critiques...

Batman & Harley Quinn

Batman & Harley Quinn

3

SubaruKondo

le 17 août 2017

Suivre

Tu vieillis, Bruce...

Vous, je ne sais pas, mais moi, l'Harley Quinn originale, celle de la série des années 90, me manquait beaucoup : transformée au fil des comics, jeux vidéos, anime et film en pute nymphomane pour...

Batman : The Dark Knight Returns, partie 2

Batman : The Dark Knight Returns, partie 2

4

SubaruKondo

le 24 avr. 2014

Suivre

Bat-tea Party

Bon. Je n'aime pas vraiment chercher de messages politiques dans les histoires de super-héros : ce n'est pas ce que j'y cherche, déjà, et si j'apprécie de voir en filigrane un message, une idéologie...

Yuri!!! on Ice

Yuri!!! on Ice

7

SubaruKondo

le 23 déc. 2016

Suivre

Rouler des patins

Le Japon et les séries sportives, c'est une relation longue durée : après nous avoir offert des anime inoubliables sur le volley, le tennis, le foot, la natation, le tennis, la GRS,le karaté, le...