Les 10 premières minutes du film donnent le la : il y a du très bon et du très mauvais dans Barbie. La scène d'ouverture, relecture de 2001 L'Odyssée de l'espace, Margot Robbie faisant office du monolithe, est remarquable. L'introduction de Barbie et de son monde est par contre ratée : trop de placements de produits qui cassent le rythme et qui rendent certains passages barbants.


Il est impossible de ne pas voir dans Barbie une immense pub de 2 heures. Et malgré toute l'autodérision et tout le décalage que le film met en œuvre (bien aidé par Will Ferrell, un des meilleurs acteurs comiques de son époque), c'est vraiment plombant. On décroche facilement du récit entre easter eggs incompris de l'histoire de la marque et blagues qui tombent à plat. Car oui, à part pour certains aspects du film, Barbie n'est pas drôle, et c'est bien dommage. Il tombe à de rares occasions dans un pathos qui aurait dû être évité, avec notamment une fin qui traîne trop en longueur.


Heureusement, le film se rattrape largement sur son aspect principal : le volet politique. Barbie était attendu au tournant sur les questions de féminisme, de patriarcat, d'égalité des genres, sujets qui peuvent à tout instant entraîner sur une pente très glissante. Le pari est tenu, puisque toutes les réflexions sont fines et bienvenues : l'arrivée de Barbie dans le monde réel et la découverte du sexisme (et pire), l'instauration du patriarcat dans le monde de Barbie, tous les discours et dialogues qui s'enchaînent sur la place des femmes dans la société. Si les clichés sur les hommes commencent par être grossiers (les chevaux et les voitures, super), ils deviennent beaucoup plus fins et, il faut bien l'admettre, hilarants (mais je persiste à penser que Le Parrain est un excellent film, et ouvrez toutes une assurance-vie, merci). Moments forts du film, la rencontre entre Barbie et sa "propriétaire" mère de famille tout à fait ordinaire, et le discours de cette dernière sur les attentes contradictoires qui pèsent sur les femmes sont très réussis. Et c'est précisément pour ça que Barbie est réussi : derrière une apparence de simplicité dans des décors et couleurs fantaisistes (et mis à part les placements de produits), le film est fin, nuancé, et ambivalent. En ce sens, il reflète vraiment ce qu'est Barbie : à la fois un produit de la société capitaliste qui accable les femmes d'attentes totalement irréalistes, et une idée du pouvoir féminin qui ne devrait idéalement connaître aucune limite sociale ou économique.


Côté acteurs, et surtout actrices, c'est du tout bon. Les actrices sont toutes excellentes, avec évidemment en vedette Margot Robbie, avec un jeu toujours impeccable et un rôle qui la sort un peu de sa routine récente. Heureusement que Ryan Gosling a été choisi pour Ken : rien de mieux qu'un acteur fade pour faire davantage resplendir l'actrice principale, même s'il n'est pas loin d'interpréter son meilleur rôle.

Samji
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le 5 août 2023

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