My name is Barbie... Klaus Barbie...

Il y a deux sortes de question dans la vie. Celles qui sont "vite répondues", comme disait le poète et les autres ; celles qui vous plongent dans des abîmes de perplexité, qui vous chatouillent l'occiput jusqu'à la démangeaison...

A la question : "Quel est (pour toi) le meilleur film de tout l'étang?", la réponse fuse, directe, instinctive : Spartacus. Je n'ai guère d'hésitation, même si j'avoue que récemment il commence à sentir le souffle chaud de Brazil sur sa nuque...

A contrario si on me pose la question (ou plutôt si je me pose la question à moi même, car il faut toujours tout faire soit même dans ce monde de mayrde) : "Quel est (pour toi) le pire film ever?", là, c'est de suite plus délicat... Je n'ai pas vraiment de nom qui ressort... Dead Man est le film que j'ai trouvé le plus chiant, Bienvenue chez les C'this est selon moi la plus grosse fraude, American Sniper est celui qui m'a le plus énervé et si on parle à un niveau plus technique, le plus mal foutu et grotesque que j'ai pu voir est surement Hitman le Cobra... Mais aucun ne se détache vraiment, aucun ne ressort comme une évidence... Dead Man est un bon film pour peu qu'on apprécie le cinéma intello-prout-prout-chiant. Bienvenue chez les C'htis est osef si on oublie son score au box office. American Sniper est plutôt bien fait et ne dérangera que les vilains anti-américanistes primaire comme moi. Et Hitman le Cobra a le mérite (lui!) d'être à mourir de rire. Donc oui, difficile pour moi de me prononcer sur cette épineuse question...

Mais ça, c'était avant. Car hier, dans ce qui était surement un élan de curiosité morbide, j'ai regardé Barbie et là, j'ai vu la lumière! J'ai enfin ma réponse. On tient là un champion du monde si étincelant que j'ai envie de lui attribuer la première place de mon podium.

Alors certes, entendons nous bien ; il y a sans doute une part de provoc'. Il y a aussi probablement ce que les spécialistes en psychologie cognitive appelleraient la "culture de l'instant". Oui, je suis conscient de tout cela, mais à l'heure actuelle, je considère que ce film mérite cette place. Alors oui, si on veut pinailler, on pourra toujours trouver pire, j'entend. Mais quand on parle Football, on ne compare pas des titulaires de Première League avec des amateurs de district ; on ne compare pas l'attaquant de Liverpool avec celui de Schweighouse-sur-Moder... Barbie est un classique. Un Blockbuster. Un phénomène. Un film qui a même (les Dieux savent pourquoi...) un certain crédit auprès d'une part relativement significative de l'audience. J'estime donc qu'il a un droit de préséance vis à vis des films de Uwe Boll et autres productions de type Asylum...


Bon, on va pas se mentir, en lançant ce film, je ne m'attendais pas à grand chose. Mais je me disais, pourquoi pas? Sur un malentendu, ça pourrait passer... Mais de base, je n'étais clairement pas le public cible. Déjà, je ne connais rien au Lore de Barbie (si tant est qu'on puisse appeler ça "un Lore"). Donc bon, j'ai clairement pas les ref'. A titre d'exemple, je n'ai rien compris au personnage d'Allan. Qui est il? Quelle est sa place dans cet univers? Pourquoi le fait de le voir faire la bagarre devrait être drôle? Aucune idée et pour tout dire, je m'en tamponne à un point qui me donne une vague expérience sensible du concept d'infini.


Parce que oui, le point noir (ou plutôt le point rose en l'occurence) le plus évident dans mon expérience à ce film, c'est l'humour. Alors oui, c'est un point ultra subjectif, toussa, on est bien d'accord. Et c'est un aspect qui est difficile à expliciter tant il relève de l'intime et de l'instinctif, mais j'ai rarement (jamais?) vu un film qui tente autant de "blague" et dont la totalité (je n'exagère pas!) ont fait pschiitt sur moi. 100% des tentatives d'être drôle ont échoué. A ce niveau c'est un exploit artistique énorme! Normalement, quand tu mitrailles à ce point, tu finis obligatoirement par toucher ta cible au moins une fois, ne serait-ce qu'accidentellement! Et bin non, zéro, nada, keutchi, wallou... Chaque moment qui se voulait "rigolo" n'a provoqué chez moi qu'inconfort et gênance (au mieux!). Tant et si bien que j'ai été tout du long physiquement indisposé. Pour tenter de vous donner une idée, regardez la vidéo ci-jointe : ici. Vas-y clic, n'aie pas peur. C'est bon? T'as cliqué? Alors? C'est horrible hein? Tu te sens mal hein? T'as besoin d'un cachet d'aspirine n'est-il pas? T'as vu une partie de ton âme s'échapper de ton corps hein? Bin c'est ce genre de sensation que j'ai ressenti un peu tout le long du métrage devant les gesticulations intempestives des protagonistes.


Et au delà de ça alors? Bin au delà de ça, il y a le propos du film. Bon, le propos du film... Comment dire?...

Déjà le film est produit par Mattel. Alors bon, j'veux pas faire dans le vilain procès d'intention, toussa, mais bon, quand même quoi, faudrait voir à pas nous prendre pour des canards sauvages non plus... Dès cet instant le ver était dans le fruit et clap de fin, ai je envie de dire.

Certes, on me rétorquera qu'il existe par exemple des films Lego produits par Lego et qui seraient de bons films. Alors oui, pourquoi pas, sauf que de une, moi j'ai pas vu les films Lego et je m'en bats les cacahuètes. De deux, même en admettant que ce soit de très bons films, que je sache, ils n'ont aucune prétention de déconstruction. Ils ne sont pas supposés porter un message Politique toutchy et audacieux il me semble.

Or c'est bien là le problème avec ce film. Il semble (je prend des pincettes car tout est tellement confus, bordélique et contradictoire dedans qu'il est délicat pour moi de déceler avec certitude ce qu'il essaye de dire vraiment) vouloir être poil-à-gratter, satirique, voire irrévérencieux. Et il le fait tout en étant de facto une énorme pub de 2 heures pour Mattel (sans compter Chanel et autres marques anti-capitalistes de renom)... Il y a un problème. Tes calculs sont pas bons Kévin! C'est comme si un Youtubeur voulait sortir une vidéo pour dénoncer l'arnaque NordVPN tout en affichant une grosse collaboration commerciale tout du long de la vidéo. Ce niveau de schizophrénie est presque hypnotique.

Et ça se ressent constamment. Notamment dans la façon dont est traité la direction de la boite. Elle est moquée, ridiculisée, mais toujours de façon bon-enfant. Le grand patronat phallocratique, il est un peu grotesque, mais jamais dangereux, toujours inoffensif. La subversion niveau Nicolas Canteloup, et encore...

Et tout ce putain de message supposément "progressiste" (quoi que ça veuille dire), mais au secours quoi! Tout est d'une lourdeur. Comment peut on être à la fois si didactique et si confus en même temps? Et que ça balance tous les termes clés du discours gauchiste Américano Bourgeois à tout bout de champs ("Fasciste", "Patriarcat", "Capitaliste", "Appropriation culturelle"), mais ça le fait de manière totalement aléatoire, sans une once de réflexion derrière, juste comme des bonbons balancés à un public supposément trop bête pour aller plus loin qu'un réflexe purement pavlovien (que ce soit un réflexe d'adhésion ou de rejet d'ailleurs).

Un cas symptomatique est la fameuse tirade de la mère sur la condition féminine. En lui même, ce passage pourrait être la seule petite lumière à travers les ténèbres. Le seul moment un brin signifiant dans tout ce foutoir de portnawak indigeste. Car le propos porte en lui une certaine pertinence, un regard acéré sur une situation sociale réelle. Sauf qu'un film, ce n'est pas un essai politique. Un constat sociétal, ça ne se balance pas comme ça, entre la poire et le dessert. Il faut lui donner du corps, il faut l'enrober dans un contexte, une situation qui lui donne son sens et son poids. Or là c'est balancé de manière random, gratuite. On ne connait pas la personne qui lance cette tirade. On n'a jamais ressenti sa condition. On n'a aucune attache émotionnelle avec elle. Et le contexte où elle balance ça est complètement HS. Pour faire une comparaison, prenez le film Le Prénom. Dedans, on a une superbe tirade de la mère de famille, qui lâche sur son mari et son frère, toutes ses frustrations de n'être que la "femme de service", celle qui s'écrase, celle qui se sacrifie sans cesse, celle qui n'a jamais droit à la moindre reconnaissance malgré tous les efforts qu'elle fournit au quotidien et que tous considèrent comme allant de soit, injonction patriarcale oblige... Dans le fond, les deux monologue sont assez semblables dans ce qu'ils expriment. Mais celui de Le Prénom est infiniment plus impactant que celui de Barbie, parce qu'il est dit au bon moment, parce qu'il y a eu un bon build up, parce qu'il est incarné par un corps et un coeur qu'on a vu à l'oeuvre et avec lequel on a une attache et parce qu'il s'attache à quelque chose de vécu in petto et pas à des abstractions théoriques hors sol, récitées comme un cantique.

Bref, un film qui joue avec des thèmes et des concepts que je ne suis pas certain qu'il comprenne lui-même en fait.

J'veux dire, rien que le fait que le monde de Barbie fonctionne comme un monde "miroir", complètement Matriarcal, où les hommes sont complètement "objectivés", méprisés et stigmatisés et où ils tentent de se révolter contre cette situation oppressive, pose un énorme problème conceptuel. Parce que la morale du film, c'est bien que il faut revenir au statut quo, rétablir le Matriarcat (au passage, en faisant les bitches et en dragouillant les uns et les autres pour semer la zizanie... Si ça c'est pas du beau féminisme qui donne une belle image de la femme, je sais pas ce que sais!) et reléguer les hommes à leur juste plage (plage is the new cuisine). Même le mec qui demande si il peut quand même être juge à la fin, on lui dit "Euh, non, faut pas déconner... A la rigueur, tu peux faire le café... Merci t'es mignon." C'est quoi l'idée? Parce que dans un univers qui fonctionne en mode miroir inversé, ce genre de propos pourrait rapidement s'avérer un formidable C-S-C (contre-son-camp)... Du coup, je pose une question toute conne : le problème dans une société, est-ce les situations de domination et d'oppression? Ou bien le problème est il un groupe particulier en soit (les Hommes en l'occurence, mais ça marche avec n'importe quel groupe humain), indépendamment de leur pouvoir et de leur position sociale? Faites gaffe parce que la réponse à cette question est ce qui sépare le "socialisme" du "national socialisme"... Je dis ça, je dis rien...

Je ne parlerai même pas de ce délire pathétique de méta-humour cassant le quatrième mur au bazooka par le biais d'une voix off qui nous parle de Margot Robbie...


Bon, je fatigue (oui, ce film m'a fatigué et m'a coûté plusieurs points de vie)... Alors traditionnellement, je suis censé toujours évoquer au moins succinctement, une partie "points positifs". Aïe... Pas simple ici...

D'aucun parleront de la DA et des décors... Bon, perso j'ai détesté. Je reconnais qu'il y a du travail et un parti pris derrière hein, mais clairement c'est pas ma came.

D'autres évoqueront les séances de chants/danse qui pourraient être jugés comme pêchus et bien chorégraphiés (je suppose?)... Sauf que malheureusement, je déteste les comédies musicales, donc c'était pas avec ça que le film allait se racheter une conduite avec moi...

Non, vraiment, j'ai du mal à trouver quelque chose à sauver de cette "chose"... Allez, pour la forme, je dirais que le casting était bon : Margot Robbie et Ryan Gosling pour interpréter Barbie et Ken, c'est un choix judicieux. Très judicieux. Voilà, j'ai dit un truc positif ; ouf, je peux laisser tout ça derrière moi l'esprit en paix.

Broutchlague
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