Baron vampire
5.8
Baron vampire

Film de Mario Bava (1972)

C'est dans les vieux chaudrons qu'on fait les meilleures soupes, et alors que Massacre à la tronçonneuse venait outre-atlantique de moderniser radicalement l'art du démembrement, nous devons à Mario Bava un film qui fait la démonstration définitive de toutes les vertus esthétiques de l'horreur à la papa. Le Baron vampire enquille une grande partie des poncifs de l'horreur gothique (châteaux hantés, salle des tortures et jeune femme hurlante poursuivie dans les brumes), mais le sens pictural du réalisateur, qui compose de splendide tableaux à base de couleurs violemment contrastées et du grouillement de détails moyenâgeux, emporte l'adhésion. Quoique le scénario ne soit pas en soi catastrophique - à condition de supporter la dose de détails inexpliqués de mise dans ce genre de productions -, et que le récit soit même assez plaisant à suivre, on peut donc regarder le film en se délectant avant tout d'une suite de belles compositions ténébreuses, où Bava s'amuse avec le brouillard, les ornements architecturaux du château, l'éclairage... pour créer des visions très riches, et inspirer le sentiment d'étrangeté que le scénario très classique n'aurait pas seul suffi à créer.


Il ne s'agit pas dans le genre de la plus belle réalisation du cinéaste, qui avait réussi dans l'horreur gothique des compositions plus convaincantes, comme le Corps et le fouet et le Masque du démon. On croit voir même dans le film une curieuse tendance à l'auto-citation, et certains plans font furieusement penser à Six femmes pour l'assassin, tourné quasiment dix ans plus tôt. Signe peut-être de l'épuisement d'une inspiration, ou du caractère déjà archaïque du film en 72... Il reste que regardée en 2017, cette production un peu surannée garde une certaine prestance. Les amateurs de giallo seront également en terrain connu, car si le maître Bava avait quasiment créé le genre en greffant au polar des inspirations gothiques (dans Six femmes pour l'assassin), c'est ici l'inverse, et notre baron mort-vivant poursuit les demoiselles dans la brume comme le premier assassin transalpin ganté de cuir noir venu.


Le casting est sérieux, et Joseph Cotten, qui doit avoir quelque part le pressentiment que sa carrière finira par des guignolades autrement piteuses - le fade Continent des hommes-poissons par exemple -, s'amuse visiblement à cabotiner dans le genre tortionnaire, sans trop regretter le temps où il tournait avec Orson Welles...


Un bon moment donc.

JohannLeuwen
7
Écrit par

Créée

le 9 nov. 2017

Critique lue 397 fois

Johann Leuwen

Écrit par

Critique lue 397 fois

D'autres avis sur Baron vampire

Baron vampire

Baron vampire

6

candygirl_

le 25 oct. 2023

Suivre
Dernière modification

le 30 nov. 2024

Le fantôme de l'apéro

Je ne m'attendais pas à être aussi conquise par Baron Vampire, œuvre considérée comme mineure dans la filmographie de Mario Bava avec son scénario ultra référencé et rédigé sur un bout de nappe par...

Baron vampire

Baron vampire

3

AMCHI

le 22 sept. 2020

Suivre

Critique de Baron vampire par AMCHI

Un jeune homme ressuscite son ancêtre qui fut un horrible vampire, le tout se déroulant dans le cadre d'un vieux château qui donne une atmosphère gothique à ce film mais si Bava parvient par moment...

Baron vampire

Baron vampire

6

Play-It-Again-Seb

le 7 mars 2024

Suivre

Un Château hors du temps

Avant de clôturer l’année suivante avec Lisa et le Diable sa série consacrée au cinéma gothique, Mario Bava tente avec Baron vampire un pari audacieux. Plutôt que de situer son intrigue dans les...

Du même critique

Le Trio infernal

Le Trio infernal

8

JohannLeuwen

le 13 sept. 2017

Suivre

Une perle grand-guignolesque

Les amateurs de comédie noire doivent se précipiter sur celle-ci, particulièrement poivrée. Ce ne sont que corps plongés dans des bains d'acide, puis déversés dans le jardin avec un clapotement...

La nuit a dévoré le monde

La nuit a dévoré le monde

6

JohannLeuwen

le 17 mars 2018

Suivre

Robinson et ses zombis chez Haussmann

Ce n'est pas un mauvais film, mais pour autant, ira t-on jusqu'à dire qu'il est bon plutôt que simplement regardable ? C'est une fiction sérieusement conçue et réalisée, mais dont le problème...

J'ai tué Jesse James

J'ai tué Jesse James

6

JohannLeuwen

le 8 févr. 2018

Suivre

Le traître Robert Ford, anti-héros, comédien et martyr

Jesse James, c'est la légende. Bandit romantique comme Robin des Bois, trahi par un de ses potes comme Jésus, on lui a tiré dans le dos alors qu'il époussetait tranquillement un tableau dans sa...