Se loger à Paris, c’est difficile, se faire déloger en banlieue, beaucoup moins. Lorsque Haby découvre que son immeuble doit être démoli pour être remplacé sans que les habitants ne soient relogés, la jeune femme engage un bras de fer avec la ville. Mais malgré sa détermination, le système administratif et politique, mené par le nouveau maire par intérim, reste intransigeant. Deuxième volet d’une trilogie sur la déliquescence de l’État de droit français, le film de Ladj Ly s’attaque avec force aux problématiques de mal-logement dans les banlieues. Dans la même veine naturaliste que le précédent long-métrage, le cinéaste illustre la violence quotidienne infligée par des institutions indifférentes et gangrenées par le racisme à une population ignorée et stigmatisée. Face à la jeune femme et son compagnon en quête de justice sociale, chaque personnage n’est qu’un rouage, tantôt acteur tantôt spectateur cynique, d’une machine implacable et inarrêtable. Efficace et limpide malgré une intrigue quelque peu programmatique et des personnages souvent fonctionnels, le film retranscrit avec fatalisme la paupérisation à marche forcée de certains territoires urbains et la banalisation toujours plus insidieuse des idées d’extrême-droite par les institutions républicaines, qui ne laissent de place qu’au ressentiment et à la défiance des citoyens. Heureusement, le barrage républicain promis par Macr…ah non, il y a Gérald.