Pour mon cycle AventureS de fin d’année, j’ai décidé d’inviter Hans Zimmer dans mes musiques étant donné que je vais voir son concert en février 2026 au Pasino d’Aix-en-Provence. De quoi me remémorer certaines musiques et en découvrir d’autres, telles ce « Batman Begins ».
Hans Zimmer et le réalisateur Christopher Nolan, au passage, c’est six collaborations en douze ans : la trilogie « Batman » des 2010’s, mais aussi « Inception », « Interstellar » et « Dunkerque ». Joli coup de prestige.
Christopher Nolan et Christian Bale, quatre collaborations : la trilogie Batman et « Le prestige ». Prestigieux !
De mon côté, j’ai déjà vu six films déjà vu du réalisateur : « Insomnia », « Le prestige », Inception », « Dunkerque » et « Tenet » à la télé, et « The dark knight », découvert au cinéma lors de sa sortie (et revu depuis !).
Avant d’entamer sa célèbre relecture du mythe (« Batman begins »), révolution cinématographique basé sur l’univers sombre et futuriste de « Blade runner » de Ridley Scott.
Avant d’échoir au réalisateur britannique Nolan, Fincher, Arronofsky et Wolfgang Peteren furent approchés pour remettre au goût du jour les aventures de l’homme chauve-souris qui se sont finalement tournés en Islande, à Chicago et Londres pour un budget de 150 millions de dollars. Les recettes ? 360 millions de dollars, rien que pour la sortie en salles !
Batman peut s’envoler… !
Synopsis : en fuyant le monde, Bruce Wayne, originaire de Gotham City, tente, par tous les moyens, de combattre le crime avec une irrépressible envie de se faire justice lui-même, en ayant vu de ses propres yeux le meurtre de ses parents. Va-t-il y arriver ? Et comment ?
La première question que l’on peut se poser, c’est : la vengeance est elle une soif de justice ? La vengeance est elle un plat qui se mange froid ? Pas pour Batman !
Ni pour Christopher Nolan qui nous plonge dans les arcanes de l’éternel combat du Bien contre le Mal qu’il nuance par cette soif de vengeance irrépressible qu’a Bruce Wayne envers l’énergumène qui a tué ses parents.
En ce sens, nous avons affaire à un très beau rôle de Christian Bale (l’enfant star de « L’empire du soleil » de Spielberg, celui qui a perdu du poids pour « The machinist », celui que Terence Malick a engagé pour « Le nouveau monde », l’oscarisé du meilleur second rôle en 2011 pour « Fighter », le concurrent de Matt Damon dans « Le Mans 66 ») qui nous offre une très belle composition de son Batman, tout en muscles et en force mentale intérieure. Bale nous plonge ainsi vertigineusement dans les méandres de l’âme humaine via son personnage à dessein (« Bruce doit tenter de dominer les pulsions autodestructrices qui menacent de le perdre à tout jamais » selon ses dires).
Nous trouvons également un étonnant Morgan Freeman dans un mini-rôle, pourtant habitué à bien mieux ! : chauffeur pour Miss Daisy, compagnon de route pour Robin des bois et Eastwood (« Impitoyable »), prisonnier modèle (« Les évadés »), inspecteur de police chevronné (« Seven », « Le collectionneur »), un aveugle (« Danny the dog ») ou un borgne (« Million dollar baby »), Nelson Mandela (« Invictus »)… .
Michael Caine (acteur caméléon par excellence -« Mes funérailles à Berlin », « L’homme qui voulut être roi », « The weather man » de Verbinski, « Youth »-, il participera à plusieurs projets de Nolan -« Le prestige », « Inception ») qui se fait son interprétation d’Alfred après un Michael Gough qu’on n’oubliera pas de sitôt (comment ne pas penser à lui après « Batman forever » ?).
La présence magnétique des trois stars Christian Bale-Morgan Freeman-Michael Caine qui se croisent le moment d’une scène restera longtemps en ma mémoire !
Liam Neeson, dans la peau du méchant, se cantonne au minimum syndical. Préférer ses interprétations dans des rôles davantage à sa carrure et à sa démesure sont grandement conseillés (« Mission », « La liste de Schindler », « Michael Collins », « Gangs of New York » !!), tout comme « Le territoire des loups » ou « Silence ».
Le double du méchant Liam Neeson est ici incarné par le plutôt redoutable Cillian Murphy (Oscar du meilleur acteur pour « Oppenheimer » de Nolan, il a joué pour les plus grands réalisateurs : Danny Boyle, Neil Jordan, Ken Loach, Ron Howard) dans un rôle de déjanté, celui de l’épouvantail.
Avec également du côté des troisièmes couteaux, des acteurs plutôt connus, et pas des moindres : Katie Holmes, Gary Oldman, Tom Wilkinson, Rutger Hauer, Mark Boone Junior, Ken Watanabe.
Un casting hétéroclite, international et des plus parfaits de ces vingt dernières années ! Beau travail du réalisateur !
Le metteur en scène du succès planétaire « Inception » ne fustige rien dans sa mise en scène classique qui se fait par à coup baroque lorsqu’il nous plonge dans la jeunesse de Bruce Wayne à coup de flashbacks, très bien utilisés et à bon escient, qui nous maintiennent sous tension.
La mise en scène se fait plus sombre, voire baroque :
- Bruce Wayne qui se découvre des démons et des peurs intérieures jeune (scène dans laquelle il tombe dans le repaire des chauve-souris). Egalement, la scène dans laquelle ses parents se font tuer et les autres scènes de rue, la société dépeinte est noire, sombre et violente. D’où une forme de société cruelle, anarchiste, alarmante, hypnotique.
- de même, les changements d’intonations de Batman au fur et à mesure du film par la relecture astucieuse du mythe apporte un côté mystérieux et envoûtant.
- par son héros et les aventures qui lui tombent dessus, comme affronter son mentor (ici, un Liam Neeson très galvaudé par son rôle de méchant dans lequel il cabotine à souhait) qui a fait passer un cap dans l’art de se battre dans les règles (épées volant dans les airs, casques et voitures ronflant/vibrant, apparitions fantomatiques…), de manière si fataliste et pourtant si persuasives.
Tout cela nous montre une mise en scène clivante, ombrageuse, mystérieuse et envoûtante. Et baroque.
Ici, le metteur en scène oscarisé du meilleur réalisateur pour « Oppenheimer » personnifie Bruce Wayne en lui conférant un caractère propre, celui de justicier se battant contre l’injustice contre-balançant l’idée que Bruce Wayne est un mégalomane égocentrique, ce que pouvait supposer Nolan dans sa mise en scène classique.
Si le réalisateur de « Memento » ne s’identifie pas au justicier nommé Batman, il nous fait comprendre que l’avancement de Bruce Wayne dans sa vie active est bien le moteur de ce métrage. Christopher Nolan en fait ainsi un héros blessé par la vie.
Bravo à l’équipe scénaristique composée du réalisateur de « Interstellar » et de David S. Goyer (spécialiste des scenarii fantastique : « Dark city », « Blade », « Ghost rider ») d’avoir relevé le challenge avec autant de panache, de gouaille et de savoir-faire, notamment à travers un certain sens de l’humour dans les dialogues (par exemple : « la couleur ? Noire ! La marque ? ...Tank ! » -concernant une Bat-mobile des plus fracassantes qui soit), et ce avec un réalisme des plus crus qui peut nous refréner à certains endroits.
Côté action, les explosions sont sobre à l’exception des combats très bien chorégraphiés et qui nous en mettent plein la vue. L’orchestration des scènes de combat est à couper le souffle, le tout filmé en totale osmose avec son sujet, les combats allant crescendo sur un rythme mené tambour battant nous immergent dans cette histoire de vengeance.
Christopher Nolan nous offre de très belles séquences d’action qui alternent brillamment avec le fil conducteur du récit, à savoir les métamorphoses de Bruce Wayne en un Batman qui manie l’art du combat -Batman en apesanteur lors des scènes de combats, sa « longue cape flottant au vent » dixit le metteur en scène de « Following » (son premier long-métrage).
Niveau musicalité du métrage, les très belles musiques d’aventures magistrales d’Hans Zimmer (partenaire régulier de Ridley Scott -« Thelma et Louise », « Gladiator », « La chute du faucon noir »-, il a dernièrement insonorisé les salles avec « Top gun : Maverick » et « F1 » sous la houlette de Joseph Kosinski) et de James Newton Howard (autre spécialiste de la musique de films des 90’s : « Chute libre », « Le fugitif », « Wyatt Earp », « Sixième sens »…) nous emporte par-delà le ciel et les nuages.
La bande son soutient l’action tout en la revigorant avec le savoir-faire indéniable de Zimmer et de Newton Howard.
De très belles compositions qui nous font sentir chauve-souris et qui nous maintiennent sous pression, jusqu’au bout du générique final. Revigorant et redoutablement appréciable. A vos baguettes, messieurs les compositeurs !
Pour toutes ces raisons, Christopher Nolan pose les jalons du cinéma d’action moderne doublé d’une réflexion sur la vie et la mort en une vision dystopique du monde tout en pointant du doigt la lutte des classes et le pouvoir corrupteur de l’argent.
Le film a ainsi acquis le statut de film culte car il a posé les bases de la nouvelle trilogie ‘Batman’ des années 2010 avec la suite « The dark knight » puis « The dark knight rises ».
C’est un film culte, oui, mais le réalisateur de « Tenet » et de « Dunkerque » n’arrive pas à insuffler un souffle épique à sa mise en scène, il en reste trop près et n’arrive jamais à s’en défaire : d’où cette impression de déjà-vu et de mise en scène classique malgré sa vision moderne du cinéma d’action et d’anticipation (merci quand même au chef opérateur Wally Pfister -oscarisé par son travail sur « Inception », sept collaborations à son compteur avec le réalisateur- qui a su capter le parfum que Nolan n’a pas su transcender). N’est pas James Cameron qui veut (je pense bien sûr à « Terminator 1 & 2 ») !
Malgré tout, le metteur en scène qui s’est vu remettre le César d’honneur 2024 propose une relecture astucieuse du mythe créé par Bob Kane et Bill Finger il y a 87 ans (!!) en une fable pessimiste qui n’est finalement pas si pessimiste que ça et plutôt déconcertante de réalisme.
Selon Michael Caine, « son œil est aussi acéré qu’une lame de rasoir » (pour définir le travail de Nolan).
Pour conclure, « Batman Begins »(2005), divertissement spectaculaire et somptueux, peut se targuer d’être ce cinéma expérimental prévisible sur la renaissance d’un héros (Christian ‘Batman’ Bale) ainsi que ce blockbuster fataliste dans sa propension au divertissement pur, simple et carré capté par le prestidigitateur Christopher Nolan (réalisateur de « Insomnia » et producteur de « Man of steel »).
Un bon moment de plaisir !
Spectateurs, envolez vous vers le septième ciel !