Pour répondre à sa rivale de toujours, la franchise DC semble vouloir à tout prix lancer les balises d'une chronologie super-héroïque non négligeable. Et si son Man of Steel a pu susciter la désapprobation, probablement à juste titre, d'une grande partie du public, Zack Snyder ne s’arrête pas à ce genre d'accroc. Batman v Superman : L'Aube de la Justice, second volet initialement consacré à l'homme d'acier, s'élargit d'emblée par ce titre évocateur aux objectifs confirmés : rivaliser avec Marvel et ses Avengers, restaurer l'amour d'avec son public, se montrer digne pour ce tout premier crossover DC... Des finalités un rien simplistes pour un spectateur mais qui ont leur lot de raisonnements à mettre en avant.


Le combat sans commune mesure opposant Superman à Zod, accessoirement la première épreuve de l'homme d'acier vis-à-vis de sa ville Metropolis, n'a pas permis à ses citoyens de se sentir en sécurité. Pire que cela, une psychose s'est progressivement installée quant aux pouvoirs démesurés de leur soi-disant protecteur, se questionnant ainsi sur le bien fondé de ses actes, craignant en retour ce à quoi peut être capable cet être hors du commun. Figure représentative de cette pensée, quoique toujours anonyme, opérant dans l'ombre et privilégiant la peur, le Chevalier Noir, esprit torturé et cartésien, témoin direct des conséquences de toute cette destruction, ne se fie donc qu'à la part de risques engendrés par une telle force de la nature et décide d'agir pour l'arrêter.


D'emblée, Zack Snyder pose les bases de cette suite avec un traitement scénaristique forcément plus sombre. Laissant le spectateur au clair, quoique légèrement déstabilisé, sur l'aspect moral du héros à la fin du premier opus, la quête d'identité de ce dernier ne s'arrête pourtant pas là. Bien au contraire, puisqu'en parallèle, Snyder prend soin d'implanter en son film l'univers du Chevalier Noir. Un Batman déjà largement usé des diverses épreuves propres à sa quête de justice, campé par un Ben Affleck aux tempes grises, globalement impeccable. Le traitement du Caped Crusader proposé par Snyder s'avère conquérant dans son ensemble puisqu'il ne pose pas la moindre incohérence avec le travail effectué par Nolan quelques années auparavant, et qu'il laisse même entrevoir le récit mythique de Frank Miller, The Dark Knight Returns, avec notamment quelques similitudes tant au niveau du costume que du récit. Comme des hommages dédiés aux plus grands artistes du Chevalier Noir, Snyder veut lui aussi apporter sa pierre à l'édifice, privilégiant l'abord furtif de certaines grandes phases du passé douloureux du personnage, pour remettre en question certains de ses grands principes. Il en résulte un parti-pris fort audacieux de la part de Snyder, mais qui suscitera hélas la désapprobation d'une bonne partie du public. Il reste en revanche regrettable qu'il n'ait pas accordé un peu plus de profondeur à la relation Bruce / Alfred, cette dernière laissant un Jeremy Irons en roue libre...


L'antagonisme mis en valeur entre les deux héros apporte son lot de stratagèmes scénaristiques que Snyder applique astucieusement. En effet, le public sait déjà à qui s'identifier et la profondeur du personnage de Batman, indéniable point fort ici, va jusqu'à enrichir les fondements du personnage de Superman, pour finalement évoquer un questionnement pertinent sur la notion de justice et de religion, qui n'est pas sans rappeler les thématiques de Watchmen. Un antagonisme qui remanie et revalorise donc la quête d'identité de Superman pour le remettre face à ses finalités de protecteur sacré, un antagonisme qui rend ses deux parti finalement complémentaires. C'est L'Aube de la Justice face au mal ; ce dernier incarné par un Lex Luthor pernicieux, spasmophile et calculateur que bon nombre décrieront mais qui vantera également la qualité d'interprétation de Jesse Eisenberg. Les dés sont jetés, les partis sont pris et c'est dans le dédale d'un combat sans merci qu'aura lieu l'ultime affrontement entre le bien et le mal...


Zack Snyder ne comblera peut-être pas tous les curieux mais il pourra garder une certaine fierté, celle d'avoir su trouver l'équilibre entre deux personnages diamétralement opposés, de livrer une relecture du mythe du super-héros à la fois noble, moderne et nostalgique... Il est indéniable que la franchise DC opte pour un cinéma à la fois spectaculaire, divertissant tout en maintenant un esprit retors et obscur. Batman v Superman : L'Aube de la Justice est un amas de spectacle, de réflexion et d'empathie, un produit fini qui rappelle à tous les esprits mordus de super-héros que l'enfant qui est en nous se fera toujours un plaisir de s'identifier à une figure extraordinaire pour finalement alimenter en permanence cet imaginaire né de notre enfance, et s'évader encore... Batman v Superman : L'Aube de la Justice, c'est un vrai film de super-héros...

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le 24 mars 2016

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langpier

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