Depuis les sorties de The Witch, Get Out et Hérédité sur trois années consécutives, tout le monde peut s'accorder sur le fait de dire que Robert Eggers, Jordan Peele et Ari Aster sont les trois dignes successeurs d'un nouveau visage du genre horrifique par leur capacité à bouleverser émotionnellement en transformant des sujets quotidiens en symboles horrifiques et déstabilisants. Par cet aspect plus viscéral et plus malsain de l'horreur, les propositions en sont d'autant plus effrayantes car capables de transposer à l'écran les propres peurs du spectateur. Avec Hérédité et Midsommar, Aster a marqué son entrée par la grande porte au cinéma grâce à l'angoisse profonde véhiculée par ses deux films - ce qui a attiré l'attention d'un public lassé des franchises horrifiques (initié par Conjuring) reposant uniquement sur le jump scare.
Beau is Afraid est donc à son tour une expérience unique à laquelle il est impossible de donner un avis tranché immédiatement après être sorti de la projection, pendant 3h le film transporte dans un univers diégétique proche de la réalité (la ville, la campagne, la famille…) et qui pourtant semble complétement inconnu.
Ce dernier se construit autour de plusieurs thématiques distinctes :
- Les ravages du patriotisme et du consumérisme américain.
qui constituent les quatre actes du film où le cinéaste plonge véritablement dans l'esprit de son protagoniste (Beau, interprété par Joaquin Phoenix) afin de vivre ce qu'il ressent et ce qu'il expérimente. Si le premier semble être le plus "normal", il permet surtout d'instaurer ce qui conduira à toute les angoisses de ce dernier et obligera le spectateur à sans cesse remettre en question ce qu'il se passe à l'écran : est-ce la réalité ou est-ce la réalité de Beau ? Est-ce le monde tel que le spectateur peut le voir ou est-ce une projection cauchemardesque de Beau ?
Au travers de tous ces questionnements et ces détails, Aster construit un monde foisonnant en perpétuel changement et où il semble impossible de donner de réponses claires ; ce dernier emprisonne dans une tempête interminable où rien ne semble cohérent, où tout est décalé, terriblement troublant et où pourtant la quête initiale reste logique et compréhensible. Par cette construction narrative audacieuse et abstraite, le film joue de l'incompréhension qu'il veut susciter quitte à prendre le risque de frustrer et perdre définitivement le spectateur.
Si Beau is Afraid est fondamentalement un film d'horreur, à l'instar de Hérédité, son élément le plus terrifiant réside dans le sujet de la famille et de la façon dont cette dernière devient un élément de violents troubles psychologiques ainsi qu'une menace qu'il faut craindre. Le véritable moteur de l'horreur est donc profondément intime mais ne se contente jamais de créer la peur avec des réactions instinctives mais plutôt en déconstruisant le sens cognitif et toute suspension d'incrédulité. Le pari de Beau is Afraid semble donc réussi car Aster sème des graines narratives dans un voyage imprévisible qui envahissent l'esprit du spectateur, qui viennent le troubler jusqu'à ce que d'autres prennent le dessus dans un rythme effréné et que la fin retentisse en posant plus de questions qu'elle n'en a résolu.
Cinéma d'une liberté absolue, destruction totale des codes du cinéma, suicide artistique par sa violente radicalité et son atypisme, véritable coup de génie ? Il est impossible de pouvoir y répondre tant l'expérience est aussi fascinante qu'éprouvante.