Le dispositif minimal peut surprendre ou agacer : quatre longs plans-séquences (un trajet en voiture, un repas, une déambulation dans un site historique, une chambre d'hôtel) et quelques courtes scènes de transition. Pourtant, il permet de se consacrer entièrement aux dialogues et aux échanges nourris entre Céline et Jesse. C'est donc une sorte de dissection de la relation complexe et mouvante d'un couple (en vacances en Grèce). Lui est préoccupé par le départ de son fils pour Chicago qui y rejoint une mère alcoolique et intransigeante et elle n'est pas prête à tout abandonner de sa vie en France (sa carrière notamment) pour partir aux États-Unis. Coécrits par la comédienne Julie Delpy, les dialogues révèlent la justesse d'un regard qui sait aussi être moqueur et embrasser les différents points de vue.

On retrouve ici la verve de Two Days in Paris et le rapport à la tribu (famille, amis) que la comédienne avait exploité dans Le Skylab. L'ironie mordante, la logorrhée où cohabitent un langage très crû et de nombreuses références culturelles, principalement littéraires, et le discours plus généralement analytique et égocentrique font bien sûr penser au monde de Woody Allen. Le film est nettement plus grave et moins léger qu'attendu. Il montre comment une relation peut basculer d'un moment à l'autre, comment les trajectoires en apparence parallèles peuvent soudain diverger et, du coup, laisser apparaitre un abime d'incompréhension qui peut conduire ai désastre. L'émotion affleure au cours d'un repas où une veuve parle du souvenir et de l'effacement inexorable et révoltant qui l'accompagne. Le duo formé par Julie Delpy et Ethan Hawke (qui a mis aussi la main à la pâte pour l'écriture) fonctionne très bien et l'actrice française demeure à ce jour celle qui parle le mieux l'américain. Beaucoup de charme, mais aussi de la profondeur et de la lucidité qui ne manqueront pas de rejaillir dans le cœur de chaque spectateur.
PatrickBraganti
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Fims vus en 2013

Créée

le 29 juin 2013

Critique lue 486 fois

Critique lue 486 fois

7

D'autres avis sur Before Midnight

Before Midnight

Before Midnight

7

Gand-Alf

2256 critiques

A l'heure du bilan.

Nous avions quitté Céline et Jesse il y a grosso modo huit ans, à Paris, dans ce qui semblait être une seconde tentative pour cette fois concrétiser leur embryon d'idylle, ne plus laisser la vie les...

le 18 juin 2014

Before Midnight

Before Midnight

10

Fatpooper

14219 critiques

La dispute

J'aime bien cette trilogie de l'amour. J'aime bien les films de Linklater en général, car même s'il se plante, ça reste un bel exercice de style (comme "A scanner darkly"). Ce troisième opus, est...

le 28 juil. 2013

Before Midnight

Before Midnight

5

Fêtons_le_cinéma

3851 critiques

« Le monde est pourri »

En délaissant le temps court et nettement circonscrit – une journée, une heure – qui faisait la puissance des précédents films, en multipliant les coupes et l’alternance de lieux, Before Midnight...

le 20 oct. 2021

Du même critique

Jeune & Jolie

Jeune & Jolie

2

PatrickBraganti

536 critiques

La putain et sa maman

Avec son nouveau film, François Ozon renoue avec sa mauvaise habitude de regarder ses personnages comme un entomologiste avec froideur et distance. On a peine à croire que cette adolescente de 17...

le 23 août 2013

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2

4

PatrickBraganti

536 critiques

Adèle Euh

Même si le film s’articule autour de l’histoire d’amour entre Adèle et Emma, de la naissance (et bien avant) à la rupture, son titre ne mentionne que le prénom de la première, précédé de ‘La Vie ‘ et...

le 18 oct. 2013

Pas son genre

Pas son genre

9

PatrickBraganti

536 critiques

Le philosophe dans le salon

On n’attendait pas le belge Lucas Belvaux, artiste engagé réalisateur de films âpres ancrés dans la réalité sociale, dans une comédie romantique, comme un ‘feel good movie ‘ entre un professeur de...

le 1 mai 2014