Comme le dit si bien le dicton "On ne choisit pas sa famille"

Toujours prompt à jouer au petit malin farfouillant les recoins peu connus par chez nous du cinéma, cette attitude m'a valu plus d'une fois de dégoter des petits bijoux qui sont devenus à mes yeux des classiques de ma modeste bibliothèque. Très confidentiel dans nos contrées, et en tant qu'amoureux de cinéma japonais, je n'ai pas pu m'empêcher de me jeter à corps perdu dans "Begging for Love", aidé en grande partie par sa magnifique pochette.


Mais de quoi nous parle Hirayama vu la totale absence de synopsis ? L'histoire nous narre ainsi la vie de Terue, une jeune mère partie à la recherche des cendres de son père et qui, dans son périple, nous entraînera dans son enfance tourmentée. Le réalisateur aborde le sujet très complexe de la maltraitance infantile avec une Terue constamment battue par une mère paumée et acariâtre qui l'accuse d'être un bébé indésirable car issue d'un viol. Autant le dire, le film ne fait pas dans la dentelle en filmant de manière frontale ce climat familial chaotique où notre fille peut être frappée pour un oui ou pour un non, que ça soit par pure impulsivité ou bêtise qu'elle aurait commise. Jamais la caméra ne sera détournée de l'horreur quotidienne que subit Terue. Le réalisme est si poussé que l'on se demande si les coups portés au visage sont réellement simulés. Il n'y aura pour autant pas d'abus qui aurait transformé le long-métrage en une oeuvre éhontée et défouloir obscène.


Pourtant, Terue ne peut s'empêcher d'aimer au fond d'elle sa mère, convaincue que sa naissance fut désirée. Hirayama alterne passé et présent toujours en finesse avec des transitions soignées. Les zones d'ombres, petit à petit, tombent les unes après les autres jusqu'à aborder le douloureux passé socio-économique taïwanais avec la réforme agraire dont les ravages causés ne sont plus un secret. Par ailleurs, on ressentira aussi une saillie lancée sur la bureaucratie japonaise perdue dans une montagne de paperasse où chaque recherche un peu poussée amène à un travail d'investigation pharaonique. Le but de Terue devient très vite un calvaire.


Cette souffrance qu'elle porte en elle depuis toujours en vient à nous toucher au point que nous acceptons presque de la partager avec elle. On se souvient d'une scène particulièrement forte où Terue, devant l'insolence de sa fille, la gifle, ce qui réveille en elle le malaise de se reconnaître en tant que sa matriarche. Cette incartade l'amènera à se solidariser avec elle dans son chemin de croix et à révéler ses cicatrices.


La désintégration familiale est une thématique qui n'en finit pas de galvaniser le cinéma et Begging for Love pourrait bien se voir comme un exemple de taille que tout cinéaste devrait visionner avant de lancer son projet. Subtil, humble, jamais putassier ni exagéré dans ses émotions, nos acteurs déploient leur talent tout en faisant germer en nous une myriade d'émotions : la compassion, la pitié, la honte aussi. Je fais bien sûr référence à la couille molle de pseudo-père qui n'ose rien dire à part de conseiller la mère de ne pas porter de coups au visage. Le voisinage est aussi ciblé dans toute sa lâcheté. Hirayama tape là où ça fait mal. Si il faut dire "merde", il ne dira pas "crotte".


La narration est aussi posée qu'intense jusqu'à atteindre son apothéose avec la rencontre finale entre Terue et sa mère. Celle-ci est silencieuse, plein de non-dits et atteint une puissance émotionnelle rare via cette Terue dont l'éternel désir était d'avoir pour une fois dans sa vie un contact physique et non violent avec la maman pour partir sans un mot. De toutes les confrontations entre personnages que j'ai pu voir, je n'ai aucune hésitation à la mettre parmi les plus sublimes. Aucun pathos, que des sentiments vrais. Honteusement inédit dans notre pays, c'est un beau gâchis que de l'avoir laissé aux oubliettes. En espérant qu'une maison d'édition s'y intéresse car Begging for Love n'est ni plus ni moins qu'un chef-d'oeuvre.

MisterLynch
9
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le 5 nov. 2022

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