J'ai toujours eu du mal avec tout ce qui est surréalisme ou psychédélisme (à moins que ce soit ancré dans un base réaliste solide) mais là, j'ai été conquis (je préfère toujours en animation, grâce à la liberté que le médium apporte sur les élucubrations abstraites).
D'abord, le style est très marqué et inventif. L'animation sobre, les couleurs à l'aquarelle, l'aspect assez statique des scènes, les changements de style, etc. Lui donnent un charme bizarre très original.
De plus, les nombreuses séquences surréalistes et musicales ne sont pas là en vain, puisque tout reste assez symboliques et puissant dans ses thèmes. On se retrouve en fait face à une sorte de powerpoint psychédélique très riche en métaphores et l'immobilisme de son animation devient une vraie patte de mise-en-scène. A chaque fois que l'animation devient fluide, sensuelle ou barrée, le film offre des excellentes séquences sensorielles.
À l'inverse, l'aspect comte de la narration permet d'offrir un vrai cadre à tout ce bordel et nous implique réellement dans le récit.
Les thèmes abordés, surtout les violences sexuelles que subissent les femmes, et plus généralement leur traitement dans la société, sont plutôt bien traités et suffisamment radicaux. Le film réussi à rendre l'expérience sincèrement dérangeante et viscérale et chaque scène nous rappelle que les femmes n'ont pas la possession de leur propre corps (viols, violence conjugales, trahisons, possession et harcèlement démoniaque, etc.).
Cependant Jeanne n'est pas qu'une victime dans cette histoire, et si sa douleur est là, on suit aussi sa lutte vangeresse qui en découle, sa bonté, bref c'est un personnage très riche.
Malgré une fin assez lourdingue, le film n'est pas non plus très subtil et ça n'est pas le but, c'est une vraie expérience folle entre violence, malaise, sexualité et psychédélisme.