J’ai bien aimé, cependant je pense que c’est celui qui m’a le moins convaincu de la part de Mamoru Hosoda (il faudrait que je revois La traversée du temps). Mais j’attends de voir comment il va mûrir car j’aime quand même beaucoup de choses dans ce qu’il propose. Déjà, en tant que réalisateur d’animés, j’aime comment Hosoda s’affirme définitivement comme l’un des cinéastes les plus modernes de sa génération, il a définitivement compris les enjeux de cette époque qui consacre la technologie et les réseaux sociaux comme nouvelle manière de vivre et s’il est conscient des limites qu’elles présentent (entre la culture du paraître et la recherche effrénée de la popularité) il est, à l’inverse, d’autant plus conscient des opportunités qu’elles ont également à offrir au point de livrer l’un des films les plus optimistes qui ait pu être fait sur le sujet sans jamais pour autant tomber dans l’inconséquence béate et la promotion malsaine de ce que l’on nomme vulgairement les NTIC (d’ailleurs, en y réfléchissant, je me demande en fin de compte quel autre film a, à ce point, présenté cette technologie et donc cette époque sous un versant aussi positif au-delà du regard critique qu’il ne manque pas d’adopter) et les personnages qu’il met en scène finissent définitivement par s’émanciper et venir en aide aux autres par le biais d’une virtualité qui ne leur fait plus fuir la réalité mais les aident au contraire à mieux l’appréhender puis à l’affronter, les avatars proposés n’étant pas des versions fantasmées et irréelles des personnages (comme ce que proposait Ready Player One par exemple) mais des créations qui dévoilent leur identité profonde et le potentiel qu’ils ont à offrir au monde : c’est peut-être la plus belle idée du film (concrétisée par le fait que l’avatar créé se calque sur les données biométriques de son utilisateur et que celui-ci peut à tout moment perdre son anonymat). Par ailleurs, je ne m’attendais pas à ce qu’Hosoda par sa relecture de la Belle et la Bête, s’approprie à ce point le conte initial pour en livrer une version qui délaisse la romance qu’on aurait pu s’attendre à avoir en adoptant un angle tout nouveau, avec un sujet aussi grave et aussi tristement courant. Sacré choix de la part d’Hosoda (Disney prenez-en de la graine !) mais qui est en fin de compte cohérent avec ce qu’il a pu offrir avec ses autres films. C’est aussi un film riche dans ce qu’il propose d’un point de vue narratif. Suzu est le personnage principal mais Hosoda fait graviter autour d’elle tout un réseau de personnages, de sa meilleur amie Hiro jusqu’aux cinq femmes qui font partie de sa chorale en passant par sa prétendue rivale, son ami d’enfance constamment présent, effacé d’abord puis soutien moral définitif par la suite ou encore son père, en retrait, évoluant à côté, rarement à l’écran, davantage en hors-champ, mais remarquable justement par son absence et par ce que cette absence souligne des rapports père-fille et d’un deuil difficilement surmonté. Et tout ce réseau de personnages, disparate, va se constituer en collectif dans un dernier acte émancipateur dans lequel Hosoda n’oublie personne. Bref, il livre un film ample, qui prend le temps de se construire et de dévoiler ses enjeux et c’est aussi ce qui en fait un film réussi.
Cela étant dit, je suis bien plus sceptique sur les choix esthétiques. Déjà, j’ai trouvé que l’univers qu’il donne à voir avec le monde virtuel de U est assez pauvre en terme d’idées visuelles. Cet univers parallèle est censé être le moteur du film, celui qui pousse ses personnages vers l’avant, et si l’idée est effectivement belle, sa concrétisation à l’écran est malheureusement décevante malgré quelques belles trouvailles visuelles (avec par exemple, de la même manière que ce qu’Hosoda avait proposé avec Le Garçon et la Bête, ce motif récurrent de la baleine qui revient en permanence, ici comme représentation de la force vitale du personnage de Suzu). Et c’est d’autant plus regrettable que la principale vertu de l’animation est de s’affranchir des contraintes techniques pour permettre une représentation sublimée du monde et du point de vue du cinéaste. Ici, malheureusement, Hosoda ne fait pas grand chose de ce potentiel pourtant prometteur, d’une part au regard du sujet et d’autre part au regard de ce qu’il a lui-même déjà prouvé par le passé en tant que cinéaste ayant un sens affiné du visuel (le monde des Bêtes dans Le Garçon et la Bête ou la matérialisation de la psyché et des peurs d’un petit garçon dans Miraï, ma petite sœur). Bref, c’est un peu regrettable, et sans aller jusqu’à parler de plantage (encore une fois Hosoda propose quand même de très belles choses), il y a clairement une opportunité de manquée. Deuxième chose et pas des moindres à mon goût : les chansons. Elles ne manquent pas de vitalité mais malheureusement ça reste de la soupe et si c’est aussi gênant c’est parce qu’elles ont une place importante dans le film, d’une part parce qu’elles sont ce qui permet au personnage de Suzu de s’épanouir et d’autre part car c’est avec elles qu’elle va, dans le dernier acte, décider de se révéler au monde pour apporter son aide. Le film aurait été plus travaillé sur ces deux niveaux (visuel et sonore), Hosoda aurait livré son chef d’œuvre.