Faire du tri chez soi cela a souvent du bon, on retombe sur d’anciennes photos sympas, des lettres aux charmes oubliés, des papiers qu’on croyait disparus… Certains retombent des écrits, des morceaux de roman, voire des scénarii inexploités. C’est exactement ce qui a du se produire pour Jean-Paul Rappeneau ! Lors d’une de ses sessions de rangement, il est sans doute retombé sur le script très seventies de « Belles familles » et s’est emballé, se disant finalement, pourquoi pas le tourner ? Je divague bien sur quoique…
« Belles familles » est un film au présent antérieur. On y retrouve toute une série d’individus, la femme, l’amante, les fils, les belles filles, les ami de 20 ans… aux réactions et comportements d’un autre temps, mais évoluant à notre époque. Je n’ai rien contre le décalage spatio-temporel au cinéma, quand il est intentionnel. Ce qui malheureusement ici n’est pas le cas. Une écriture à huit mains pour pondre ça, j’espère que les séances de travail n’ont pas été trop intensives.
Passons sur le bloubiboulga juridique autour de l’urbanisme et des collectivités territoriales, désolé déformation professionnelle oblige cela m’a perturbé, qui s’emmêle les pinceaux sur le droit de préemption et autres incongruités (depuis quand une mairie dispose d’un chéquier ?). Bon c’est une comédie, ce n’est pas un documentaire non plus, soit.
Plus gênante est l’étude de caractère des personnages. Ou plutôt leur existence en creux et tenant de la versatilité de la girouette. On installe tout le groupe dans des convictions fortes, qui vire casaque d’un coup sans trop savoir pourquoi tout au long du film. Le fils méchant est en fait gentil, la mère hystérique baisse les bras, la demi-sœur qui n’en est pas une passe de la hargne à la sirupe… La liste est longue. Mais je n’oublie pas que c’est une comédie, et donc la fantaisie est permise, soit.
Les acteurs, sorte de mix multi générationnel, pouvaient être un bon choix. Mais excepté Amalric qu’on a quand même connu plus sobre, et Nicole Garcia qui essaie de garder le cap, c’est la bérézina. Dussolier prête son charisme à un maire caricatural à souhait, Lellouche est indigeste, Viard continue à sombrer et Marine Vacth est totalement insignifiante. Le mélange de genres ça peut avoir du bon dans une comédie, soit.
Que dire de cette vision passéiste qui recouvre le film ? Rappeneau filme les ensembles immobiliers HQE comme une vision d’horreur, les personnages sont claquemurés dans leur passé perdu ou à retrouver (ah l’image du père… ça fait froid dans le faux !), les situations sont invraisemblables et grotesques ne sont jamais menées jusqu'au bout, et ce qui a toujours fait la touch Rappenaeau, à savoir sa vitalité, s’effondre de minute en minute jusqu’à un final des plus convenus et facile.
Alors bien sur, c’est une comédie, mais ce n’est pas drôle. Dans le registre, Rappeneau était « Tout feu tout flamme » avec « Le sauvage », « Les mariés de l’An II » avec ce lugubre « Belles familles », nous sommes très loin de « La vie de château ».