J'avais déjà vu Ben-Hur deux fois, mais cela remonte à l'adolescence. J'avais en mémoire un bon peplum. Aujourd'hui, je revois un film complètement différent.
Un chef-d'oeuvre.
Pas forcément pour son côté impressionnant : non pas qu'il nuise à la qualité du film, bien au contraire, mais bien d'autres peplums l'ont, qui ne sont pas aussi réussis.
Ben-Hur se déploie dans la durée : plus de 3h30 de film. Il faut au minimum 45 minutes pour que l'intrigue principale se lance! Cette lenteur assumée est cependant ce qui sert le mieux le film. Le rythme est en fait si réussi qu'on ne voit pas le temps passer.
L'histoire pourtant, est très simple : Juda Ben-Hur est puissant parmi les siens, un riche seigneur de Judée. Mais tout bascule le jour où une tuile descellée tombe de son toit sur le nouveau gouverneur romain. Le voilà condamné aux galères par Messala, soucieux de faire un exemple, qui pourtant savait l'innocence de celui qui était un ami.
Mais cette histoire est magnifiée comme jamais. Il n'y a pas une seconde de cette longue durée qui ne soit justifiée.
Ce n'est pourtant pas à cause des dialogues. Ils sont très bien écrits, les dialogues, mais ils n'ont pas cette qualité exceptionnelle qui fait s'en souvenir longtemps après.
Si ce ne sont pas les dialogues, alors ce doit être dans...
Le silence.
Voilà la qualité principale de ce film : il sait quand se taire.
Les longs intervalles séparant les prises de parole, champ de jeu pour les acteurs, donnent aux émotions une incroyable intensité.
Même l'excellente musique de Miklos Rozsa sait s'effacer entièrement : après tout, le silence n'est-il pas une composante de la musique? Encore faut-il que ce silence ait un sens. Fasse partie prenante du rythme.
Or c'est là que le film excelle. La mise en scène de Wyler semble toute entière contenue dans ces moments suspendus.
C'est ce qui fait que Ben-Hur dure si longtemps. Car chaque dialogue y dure bien plus longtemps que nécessaire. Mais c'est aussi ce qui fait que le spectateur reste accroché jusqu'au bout.
Il y a dans Ben-Hur une dimension de prosélytisme chrétien. Comme Quo Vadis, il s'agit d'un ouvrage à la gloire du christianisme. Mais, sans doute aucun peplum pro-chrétien n'a traité le thème aussi subtilement.
Le Christ, qu'on ne distingue jamais clairement. Et, contre toute attente, qu'on n'entend pas. Sinon à travers la bouche des témoins. Il reste ainsi un mystère jusqu'au bout, quand bien même le voit-on. C'est sa présence seule qui confère une aura inégalable.
Et une très belle idée :
est celle de cette lèpre. Elle semble plus une métaphore de la haine de Ben-Hur qui, si elle le maintient en vie, n'en ronge pas moins les siens. Ainsi le miracle final apparaît non pas comme un artifice montrant la divinité du Christ, mais comme une convergence des deux aspects du film, l'histoire personnelle de Ben-Hur et l'histoire biblique.
C'est une très belle conclusion pour le film qui, s'il est particulièrement impressionnant dans sa reconstitution de l'antiquité, garde une sobriété de bon aloi dès lors qu'il aborde la religion chrétienne.
Comme nous le disions plus haut : Ben-Hur est un chef-d'oeuvre.