Il arrive qu’un film nous attire par son scénario, sa mise en scène, son sujet ou son propos, c’est d’ailleurs la majeure partie du temps la raison pour laquelle on se décarcasse de notre chez nous jusqu’à une salle de cinéma au lieu de regarder Netflix un soir de pluie. Il arrive également qu’on aille voir un film pour une marque, une franchise, un acteur ou un réalisateur en se demandant ce qu’il/elle a bien pu faire cette fois ci. Et puis des fois, il y a la pure attraction. « Attraction » ne veut pas nécessairement dire rollercoaster, l’attraction c’est le pur plaisir de voir (pour le spectateur) et de montrer au spectateur pour celui qui fait le film, et c’est depuis la naissance du cinéma, avant même qu’on y développe une narration, que l’attraction est l’intérêt premier, presque le bas instinct du spectateur. Et lorsque je vais voir « Bergers », je ne me dis pas que je vais voir un grand film sur la condition sociale des bergers, ou un parcours de personnage poignant sur deux néo-ruraux qui déchantent, non, j’y vais pour le pur plaisir des yeux, parce que son imagerie m’attire. En gros, je veux voir des montagnes et des moutons, quoi.
Des montagnes il y en a, des moutons à ne plus savoir qu’en faire, et cette qualité est plus forte qu’il n’y parait, car la plupart des films pourraient chercher à « tricher » pour ne pas s’encombrer d’un trop grand nombre de plans avec tout un troupeau de centaines de bêtes à diriger, chorégraphier, pour qu’elles aillent là où on veut, qu’elles fassent à peu près ce qu’on veut. Ça fait me dire que les conditions de tournages ont probablement dû énormément s’adapter au réel, aux circonstances, et presque filmer une transhumance « pour de vrai » : on ne peut pas mettre en scène ces situations pour les besoins d’un film, ou plutôt ce serait stupide de dépenser des millions pour le faire alors qu’il suffit de suivre des vrais éleveurs pendant un été… Alors le scénario est relativement convenu, et on pardonne étonnamment beaucoup de choses tant le plaisir est là.
Et sous ses airs de feelgood movie pour éco-anxieux, le film n’édulcore rien de la profession, c’est d’ailleurs sa deuxième qualité. Oui, on suit deux néo-ruraux qui partent élever des moutons, mais les débuts sont particulièrement difficiles, on voit l’absence d’intimité, la solitude et la violence, on voit l’élevage miteux de certains agriculteurs dans la misère, et même une fois le « bon plan » trouvé (passé la première moitié au moins) tout n’est pas rose non plus, et la conclusion du film en est d’ailleurs le rappel. Il est d’ailleurs rare de voir un film qui met autant l’action du travail au centre de son film, et qui prend l’essentiel de son temps d’écran : l’intrigue amoureuse est secondaire, les relations humaines en général le sont, car dans ce métier, on ne pense qu’aux brebis. Pas d’idéalisme donc, la montagne est belle mais rude, les humains sont généreux et bourrus, et c’est ce sens de la nuance qui signe la réussite du film, malgré des dialogues pas si bien écris ou joués : c’est pas l’intérêt du film.
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