Les petits films cachent parfois de grandes réussites comme ce Bestia du chilien Hugo Cuvarrubias qui évoque la vie de la douce Íngrid Felicitas Olderöck Benhard. Un court métrage d’animation en stop motion fait avec des bouts de cartons et des figures de porcelaine qui nous plonge dans un cauchemar ancré dans l’histoire du Chili et de la dictature de Pinochet.
Bestia évoque donc la vie d'Ingrid Olderöck , nostalgique du nazisme qui émigre au Chili où elle deviendra capitaine et formatrice dans l’art de la torture d’opposants politiques de gauche principalement féminins. Mais sa spécialité reste l’utilisation de chiens qu’elle élève pour violer et torturer les prisonniers du régime. Elle sera “victime” d’un attentat mais survivra malgré une balle reçue en pleine tête (qui peut être n’a pas trouvé de cerveau) avant de mourir exilée en 2001 à l’âge de 57 ans.
Bestia commence justement par un lent travelling qui s’introduit dans le trou de balle d’Ingrid (celui de sa tête faut il le préciser) afin de pénétrer ses sombres souvenirs. On va alors découvrir la morne routine de l’abjection avec cette femme qui vit seule avec son chien qu’elle entraine avec la même indifférence à rapporter un bâton ou à lui lecher l’entrejambe, sans plaisir juste pour l’habituer à l’obéissance et l’acte sexuel contre nature. Le court métrage de Hugo Cuvarrubias est assez clinique et répétitif comme pour mieux nous faire épouser les sinistres habitudes de cette femme qui partait torturer et violer des innocents à l’aide de son chien comme d’autres vont à l’usine ou au bureau. La bande son est froide et oppressante et même si le réalisateur choisit l’ellipse et la suggestion on ressent comme une pensée sale et insidieuse l’horreur qui s'impose à notre esprit sans même avoir à la regarder en face. Le court métrage montre également comment pour couvrir les cris des suppliciés les tortionnaires utilisaient des cassettes audios et des 33 tours puisque tout le monde sait que la musique adoucit les meurtres.
Le choix de prendre des figures de porcelaines s’avère assez judicieux et pertinent car outre leur froide et inerte expression déshumanisée elle reflète tout de même la lumière comme si en surface l’apparence devait rester brillante. Bestia est également hanté de représentation de figures de porcelaines totalement lisses, sans visages et anonymes qui symbolisent les victimes d’Ingrid Olderöck qui viennent vaguement tourmenter son esprit malade.
Nominé aux Oscars en 2022 et multi récompensé à travers le monde Bestia est un film qui traite du traumatisme du Chili et des stigmates toujours vivaces de la dictature de Pinochet durant laquelle plus de 38 000 chiliens furent torturés peut être par cette dame et son chien qui ne fût jamais jugée pour ses odieuses pratiques.