Il faut bien avouer que, initialement, l’annonce de Better Man m’en touchait une sans bouger l’autre, et ce pour pas mal de raisons.
- Primo : rien à carrer de Robbie Williams dont à part son tube Feel (qui m’indiffère) je ne connais rien.
- Secundo : le réal’, William Gracey, avait déjà commis le révisionniste et passablement mauvais The Greatest Showman, ce qui ne donne clairement pas envie.
- Tertio : le coup du singe en avatar du chanteur, ça ressemble de premier abord à un gimmick marketing pour se différencier du tout venant, un truc qui pue l’opportunisme à la façon d’un Pharell Williams et ses Legos sur Piece by Piece.
- Quarto : de par son statut même de biopic musical, un genre codifié et pondant des trucs insipides à l’excès quand il ne sont pas simplement des hagiographies malhonnêtes d’artistes poussées par eux-mêmes ou leurs proches à des fins commerciales (cf. Bohemian Rhapsody ou le récent Michael qui fait l’impasse sur les penchants pédocriminels du bonhomme).
Autant dire que j’avais volontairement pris la tangente à la sortie du film. Mais il aura fallu une mention spéciale d’un de mes vidéastes ciné favoris, Patrick H. Willems (dans cet essai-ci), pour que la curiosité prenne le pas.
Dans un premier temps, j’ai cherché la justification du singe posée là comme ça, pour finalement trouver réponse autre qu’une vaine singularisation du projet. L’animal incarne à la fois la persona de Robbie qui vit pour le public et prend peu à peu le dessus du Robert privé enseveli par une auto-dépréciation qu’il médique par l’abus de substances. C’est également un moyen de donner autant de faciès à la dépression qui le ronge depuis l’enfance qu’elle n’a de symptômes sur sa psyché fragile. Ce n’est pas la plus folle des innovations, mais cela fonctionne bien à l’écran, notamment par la créativité qu’une figure aussi libre dans l’expressivité corporelle et faciale, et dans la fantaisie, que permet un tel avatar simiesque.
Better Man s’avère être un biopic autocritique qui n’édulcore rien et n’hésite pas à dresser un portrait peu reluisant du chanteur. De l’affichage honnête de son absence d’ambition artistique, puisqu’il est uniquement en recherche de fame, de reconnaissance, dans une reproduction sociale du rêve de son père, à ses addictions aux substances et la toxicité qu’il a sur toutes les personnes qu’il croise, en passant par un ego surdimensionné (“You’re one of the gods” ou le conclusif “I’m an entertainer [...] I’m the fucking best at it” - ce qui fait beaucoup pour une pop star has been), rien n’est fait pour la glorification du type pourtant derrière le projet. Le film semble par ailleurs totalement lucide sur la vanité, l’éphémérité et l'ingratitude de la célébrité pop - un bon contrepoint à l’irresponsable KPop Demon Hunter.
Enfin, Gracey apporte à l’image un panache qui fait plaisir. En optant pour l’approche comédie musicale qui découle des modèles Dean Martin et Sinatra, Better Man est cohérent et propose des numéros qui ont de la gueule, alternant des morceaux de bravoure tels que le plan séquence de Rock DJ ou l’épique bataille de Knebworth. Et si le film n’évite in fine pas les écueils du genre, suivant un déroulé convenu sur le schéma montée en puissance > excès > remise en question/clean up > équilibre. Un modèle logiquement surreprésenté dans les biopics car bien trop courant dans les parcours de stars. Et on peut également noter un petit ventre mou, alors que la durée s’étire sur 2h15 bien trop longues.
Agréable surprise nonobstant, Better Man outrepasse le gimmick visuel craint pour tenter une incartade honnête sur la vie d’un type somme toute peu sympathique mais fait de chair et de sang, tout en mettant au passage un léger tacle à cette industrie du faux, le tout avec une patte visuelle discernable. Ça ne me fera pas plus écouter la musique de Robbie Williams, mais je n’ai pas l’impression que ce soit là l’intention.