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The Untold Story
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le 31 janv. 2022
Parfois appelé le « David Cronenberg de Hong Kong », Kuei Chih-Hung est un des réalisateurs les plus intéressants et fascinants de la Shaw Brothers, possiblement le meilleur réalisateur de films d’horreur de l’ex-colonie britannique. Véritable touche-à-tout ayant œuvré dans tous les genres, du thriller au drame social en passant les films de prison, les arts martiaux ou les bobines érotiques, c’est dans le cinéma d’horreur souvent bien craspec qu’il a réellement marqué les esprits des cinéphiles les plus aguerris. Hex (1980), Corpse Mania (1981), Curse of Evil (1982), encore Bewitched (1981) ou encore The Boxer’s Omen (1983) font partie des plus beaux fleurons du cinéma horrifique HK des années 80, non seulement pour leur côté horrifique, mais aussi parfois pour le regard critique qu’ils portent sur la société de l’époque, le tout avec une approche souvent réaliste et crue de l’horreur et de la violence. Bewitched qui nous intéresse aujourd’hui nous plonge dans un territoire ouvertement transgressif, celui de la magie noire, de la sorcellerie rituelle et du gore poisseux, dans une Thaïlande jamais glamour. Le résultat est un film à la fois très étrange et éminemment sympathique.
L’histoire du film est très simple : un homme a assassiné sa fille et est jugé : ça sera la peine de mort. Mais alors qu’il est interrogé par la Police, on comprend comment il en est venu à un tel acte. Lors d’un voyage en Thaïlande, il fréquente d’une demoiselle sur place qui tombe amoureuse de lui, alors qu’il est marié. Lorsqu’il décide qu’il n’a plus envie de s’amuser avec la demoiselle, celle-ci fait appel à un puissant sorcier pour qu’il lui jette une malédiction. Cette malédiction va lui donner l’impression que ses proches lui en veulent, dont sa jeune fille qu’il va donc finir par tuer et enterrer dans la nature. Le policier va se rendre en Thaïlande pour essayer de comprendre cette histoire et va lui aussi se retrouver confronté à cette magie noire. Selon la légende, et ce que dit le générique, celui qui incarne le puissant sorcier du film nommé Magusu aurait été incarné par un véritable sorcier malaisien tristement célèbre, Hussein Hassan. Voilà pour la petite anecdote mais revenons-en au film qui mérite qu’on y jette un œil à plus d’un titre. Bewitched est clairement découpé en trois parties. La première mise sur l’érotisme, avec quelques demoiselles dénudées qui gambadent seins nus devant la caméra. La deuxième se concentre sur l’enquête, avec le personnage du policier interprété par Melvin Wong (Une Flic de Choc), entre interrogatoire et prise de renseignements sur le terrain. Enfin, la dernière partie va jouer à fond la carte de la magie noire comme Hong Kong en avait le secret à cette période. Le première chose qui frappe dans Bewitched, c’est à quel point tout est fait pour que l’ensemble soit le plus réaliste possible, à la limite parfois du documentaire. Rien n’est enjolivé, l’ambiance y est moite, sombre, grouillante, et à aucun moment le film ne cherche à rassurer le spectateur. On est rapidement plongé dans une descente vers l’irrationnel, au même titre que l’enquête en elle-même et cet enquêteur cartésien dont les certitudes vont être mises à mal par les évènements auxquels il va être confronté.
L’horreur joue sur plusieurs tableaux. D’un côté, on a cette atmosphère très particulière, avec une lumière crue, ce refus de filmer la beauté de la Thaïlande, ou encore cette bande son qui sait se faire inquiétante. Bewitched met parfois mal à l’aise sans même montrer quoi que ce soit. Mais aussi quand il décide de montrer les choses avec des rituels de sorcellerie qui sont filmés frontalement, sans détour. On y voit longuement des sorciers préparer et exécuter leurs méfaits et/ou rites protecteurs. On y voit toute la panoplie sacrificielle, que ce soit des poules et des serpents dont on va récolter le sang, des milliers de vers vivants qui vont être ingurgités, ou encore des mélanges bien dégueux comme cette marmite remplie de sang, de viscères et de bébés décédés qui va être ingurgitée par un des sorciers. Le film prend un malin plaisir à nous montrer les conséquences sales et dégoulinantes, comme ce jeune enfant dévorant un foie ensanglanté cru, ces corps pourrissants assez dérangeants, ces divers fluides colorés s’échappant des corps, ces personnages qui s’automutilent, … le tout filmé sans aucune distance ni ironie, bien frontalement. Certaines de ces scènes sont longues, s’éternisent, comme si Kuei Chih-Hung voulait forcer le spectateur à voir ce qu’il ne souhaitait en fait pas voir, avec cette impression qu’il voulait qu’on assiste à ces rituels comme si on était juste devant eux. Les effets pratiques sont d’ailleurs plutôt bons pour l’époque, on sent qu’un grand soin y a été apporté. Les scènes chocs du film sont savamment distillés dans les deux premières parties, avant de devenir monnaie courante dans la dernière. Pourtant, bien qu’il ne faille pas être trop sensible de l’estomac, Bewitched arrive sans aucun souci à divertir car ces éléments de magie noire en deviennent presque fascinants dans la façon dont ils sont mis en scène et le duel à distance entre les deux sorciers reste gravé dans les mémoires tant Kuei Chih-Hung a tout compris à comment cela devait être mis en scène, en ne tombant jamais dans le confortable, en gardant coute que coute cette rugosité qui caractérise le film.
Bewitched est une œuvre audacieuse qui ne cherche pas à plaire. Tout l’aspect magie noire est traité frontalement, sans aucune ironie, et le résultat est à la fois fascinant et dérangeant. Une bien belle bobine horrifique pour la Shaw Brothers, déconseillée aux estomacs fragiles.
Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-bewitched-de-kuei-chih-hung-1981-2/
Créée
le 10 mars 2026
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