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Premier film de Bruce Lee en tant que tête d’affiche, et déjà le bonhomme est iconisé comme pas deux. Tout d’abord en se faisant désirer, puisqu’il faut pas loin de 45 minutes avant qu’il daigne se battre, une fois acculé. Ensuite par ses rictus de petit malin, toujours là pour mettre une majuscule à la phrase de mandales qu’il va envoyer aux pauvres bougres qu’il affronte. En goûtant régulièrement son propre sang aussi, preuve qu’il est après tout humain comme nous, mais qu’une fois arrivé à la blessure, il va falloir laisser parler le dragon pour abréger. Enfin, par son torse à la forme si singulière, sorte de V massif à la fois mince et musculeux, souple et rigide. Et si l’on n’atteint pas encore la forme définitive de la star au joli minois, qu’il manque encore une tenue qui fera date ou des cris aigus comme reste de ponctuation desdites phrases, on a déjà beaucoup d'éléments qui expliquent la montée en puissance du combattant star et créeront sa légende.
C’est d’autant plus vrai que Big Boss semble créer un parallèle avec les débuts de l’acteur. Le passif de son personnage, qui traîne trop au pays et s’attire des ennuis, n’est pas si éloigné de la jeunesse de Bruce Lee, forte tête notoire qui a pu éviter la délinquance grâce à ses prouesses en kung fu et le mentorat attaché. Il est également notoire que ses films hongkongais n’ont pas pu se faire sans l’aval des triades avec lesquelles il entretenait des relations professionnelles (les mêmes qui ont engendré des théories sur sa mystérieuse mort). Le même genre de gangsters que l’on voit dans le film.
Outre ses intérêts purement méta textuels, Big Boss reste une œuvre plutôt réjouissante, bien qu’accusant un peu du coup de l’âge, que ce soit sur la facticité des coups bien évidente (et exagérés par les bruitages dans leur jus de l’époque à base de "woosh" et autres "tching" des lames). Une histoire faite de sacrés benêts qui ont l’attention d’un poisson rouge mais le cœur bien placé et le coup de pied retourné facile, et qui se retrouve pris dans un tourbillon de violence qui passe de la comédie gentillette à la tragédie, avec des bad guys qui ne déconnent vraiment pas. Le tout sur un petit fond de lutte des classes. Le dispositif est assez simple, mais il fait taf en tant que prétexte à des bastons bien senties.
Des rixes aux aspects cartoonesques assumés, dès lors que des zigs passent à travers les murs en laissant leur silhouette comme trouée, que les sauts de cabri s’enchaînent en tous sens, et que les bruitages susmentionnés résonnent de toutes parts.
Big Boss a un petit goût désuet qui fait son charme, et s’avère généreux dans le programme martial proposé.