Bien que le film ne soit pas sans défaut, je dois dire que j'ai aimé sa poésie. Alors certes, Andrea Arnold n'est pas la pas la reine des nuances, elle aime que ses personnages soient entiers, les situations fortes et les émotions à leur paroxysme. Tant mieux quelque part, car c'est son style et elle l'assume pleinement. C'est justement parce qu'elle l'assume pleinement (selon moi) que cela fonctionne.
Elle sait parfaitement ancrer ses personnages dans une réalité parfaitement décrite, notamment grâce à des personnages merveilleusement bien écrits.
On pense à Kes de Ken Loach: du cinéma social, un oiseau, on ne va pas chercher loin mais la filiation semble pourtant bien réelle. Arnold cependant choisit le surréalisme et le poétique. C'est d'ailleurs ce qui est très poignant dans le film. Notre héroïne est à l'orée de son adolescence et déjà, elle a vécu mille vies, toutes plus merdiques et chaotiques les unes que les autres. Que faire sinon rêver d'évasion? Que faire sinon rêver d'un ailleurs? Vouloir échapper au réel? C'est la seule option dont elle dispose. Rêver, transformer, déformer le réel autant que faire se peut.
Plus le film avance et plus il dévoile sa terrible réalité: il n'y a pas d'échappatoire pour elle. Des deux côtés (de la mère comme du père), l'horizon est bouché. La cinéaste (sauf erreur de ma part) met un point d'honneur à nous faire comprendre que l'héroïne n'échappera pas à sa condition sociale. Sa rencontre avec Bird pourrait très bien d'ailleurs n'avoir été que le fruit de son imagination.
La fin est sans équivoque. Elle est devenue une jeune femme et le regard intéressé qu'elle partage avec un jeune (délinquant) de son quartier ne laisse peu de place au doute. Pour toute évasion, il ne reste que le ciel au-dessus des tours HLM.