Birth
6.8
Birth

Film de Jonathan Glazer (2004)

Revu :


Rares sont les films qui procurent un tel vertige et qui, de surcroît, fassent vaciller la propre croyance du spectateur. C’est à cet endroit précis que Glazer nous fait chanceler. Par sa maîtrise de la mise en scène, il provoque des chocs par à-coups, sans jamais recourir au moindre tour de force. Tout est là : à nous de décider si, oui ou non, cet enfant est vraiment Sean. De cette puissance de la croyance, Glazer nous renvoie à notre propre statut de spectateur et hisse Birth aux origines — à la naissance — mêmes du cinéma — quand les spectateurs craignaient que le train, entrant en gare, fonce littéralement sur eux. Mais Glazer ne joue pas avec notre perception visuelle ; il joue avec nos émotions et nos sensations psychiques. Il en joue d’autant plus qu’il nous percute par son montage, qui crée littéralement des fissures et des ellipses, comme autant de micro-absences. De ces failles naît une perte de repères, un glissement de notre rapport à la réalité. La plus grande scène du film demeure celle où l’enfant Sean s’écroule à genoux… d’une puissance inouïe. C’est magistral. Et ce sont tous les mouvements du film qui lui confèrent sa profondeur et sa porosité tout en crescendo — la musique y participant beaucoup. Cela tient aussi au casting impeccable : de Lauren Bacall à Danny Huston — qui tente tant bien que mal de se contenir —, lui dont la vie bascule à cause d’un enfant de dix ans, incarné par un jeune acteur au jeu troublant de vérité et de pureté, tel un petit homme déjà formé et bien sûr Nicole Kidman, parfaite, au sommet de l’émotion la plus pure. Elle est brillante et je mets quiconque au défi d’y omettre un doute. Incarnations sublimées par la photographie de Harris Savides qui maîtrise les lumières et leurs contrastes avec une telle douceur. Par ailleurs, le début de Birth rappelle celui d’Elephant : un plan en plongée suivant un personnage en mouvement depuis une voiture. Idem pour les plans au steadicam dans l’école — impossible de ne pas y penser.La grande question : est-il dommage que le film doive se justifier de manière cartésienne ? Non. Car la dernière partie est tout aussi puissante. Les masques tombent, mais les émotions et les sentiments dominent encore. Un chef-d’œuvre sur une histoire d’amour impossible et un deuil qui n’aura jamais lieu d’être. Il suffit d’un élément pour qu’une vie s’effondre. Magique et sublime.

Zimmerr
10
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Créée

le 3 janv. 2026

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