En 2015 la réalisatrice est une toute jeune journaliste de 26 ans lorsqu'elle est violée après avoir été droguée dans un hôtel par un journaliste influent, Noriyuki Hamaguchi, proche du Premier ministre de l'époque Shinzo Abe (assassiné en 2022). Elle porte plainte et découvre un système judiciaire défaillant, indifférent à son drame. Au Japon comme ailleurs, les hommes puissants sont protégés et la domination masculine n'est pas une illusion. Avec courage et détermination, elle décide de rendre son affaire publique. Elle écrit un livre et ce film éponyme en est le prolongement. En bonne journaliste elle a transformé son combat en une enquête minutieuse dont elle est le sujet principal. Elle a tout filmé, tout enregistré jusqu'à ce témoignage incroyable et capital du portier de l'hôtel qui a vu qu'elle était contrainte d'entrer dans l'hôtel ce jour là. Les caméras de vidéo surveillance la montrent alors que son agresseur la contraint à sortir du taxi. Face caméra, elle livre ses états d'âme, ses rares espoirs, l'émotion de voir l'accueil de son livre, les effets dévastateurs de ce traumatisme, ses larmes lorsqu'elle décide après des années de mettre fin à ses jours, ses crises de panique résultat de ce stress post traumatique, son incapacité à sortir pendant plusieurs années lorsque les cerisiers sont en fleurs car son agression a eu lieu un 3 avril.
Ce film est comme un journal intime qui décortique durant 6 ans toutes les étapes de son enquête : vidéos personnelles filmées au smartphone, appels téléphoniques à la recherche de témoignages et de preuves, images d'archives, ses découragements et ses espoirs, les insultes (parfois même venant de femmes), les menaces dont elle fait l'objet, tout est consigné dans ce film d'investigation passionnant.
Au Japon les femmes ne sont que 4 % à porter plainte lors d'un viol. Encouragée par le mouvement #metoo à Hollywood, la jeune femme n'a jamais baissé les bras face à la pression et au silence et s'est faite la porte parole des victimes qu'elle engage à ne plus se taire pour qu'enfin la justice fasse son travail.
Une des séquences les plus incroyables est cet appel à un journaliste à qui elle demande de témoigner. L'homme lui répond "je le ferai si vous acceptez de m'épouser" (Shiori Ito est une très belle jeune femme). Elle rit gênée, comme nous le sommes de l'autre côté de l'écran. Sa stupéfaction après avoir raccroché reste une énigme.
Enquêter sur sa propre histoire, sa propre affaire confère au film sa particularité. Il est passionnant, palpitant et souvent émouvant.
Il semble que le harcèlement dont elle est victime sur les réseaux l'ait contrainte à vivre en Angleterre et, parfaitement bilingue, qu'elle refuse désormais à parler japonais. En février 2018, Shiori Itō est à l'origine du mouvement #WeTooJapan. Elle est la première femme à parler publiquement de son viol.