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Lang au chien
Black Dog offre une magnifique scène d’ouverture qui m’a captivé dès les premières secondes. Un long travelling sur un désert écrasant parcouru par une route, une piste devrions-nous dire. Soudain,...
le 26 mars 2025
Quand Lang pose un pied hors de prison, c’est pour rentrer dans une fourmilière prête à l’engloutir. Sa ville, aux portes du désert de Gobi, s’apprête à faire peau neuve pour les JO de Pékin, et lui doit gagner sa réinsertion en capturant les chiens errants qui encombrent le paysage. Mais sur sa route, un chien noir, réputé enragé, ne se laisse pas prendre. Il attend. Et de ce face-à-face entre deux exclus, l’un guetté par le regard des autres, l’autre traqué comme une nuisance, naît une alliance muette, fragile et magnétique. Black Dog installe son récit dans cet intervalle suspendu, entre la laisse et la liberté, avec une justesse de ton qui doit tout à la sobriété de sa mise en scène.
Le cadre, d’une beauté mélancolique, épouse les contradictions du propos : la poussière des chantiers côtoie l’immensité rêveuse du Gobi, les panneaux de modernisation flambant neufs surplombent des vies qui, elles, piétinent. Chaque plan semble pesé, jamais appuyé, pour donner corps à ce sentiment d’étrangeté familière. Les personnages secondaires, croqués en quelques secondes, échappent eux aussi à la caricature – simples gens pris dans l’engrenage d’un monde qui change plus vite qu’eux. On suit Lang et son complice à quatre pattes comme on suit le vol plané d’un cerf-volant dans le vent sec : avec un mélange de retenue et d’urgence silencieuse.
Mais c’est la liberté qui court en filigrane de chaque scène, des regards échangés à la dernière chevauchée en moto, cri muet et pourtant tonitruant. Celle de vivre enfin, hors des cadres, hors des regards. Palme d’un certain regard à Cannes, Black Dog n’a pas volé sa réputation : fable sensible sur la marginalité, portrait d’une Chine en mutation, il touche par sa pudeur et sa rage contenue. À voir, ne serait-ce que pour ce chien noir qui, en posant sa tête sur le rebord d’une fenêtre, nous rappelle que l’espoir a parfois les pattes sales.
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le 20 févr. 2026
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