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Comme le monde entier a été choqué d'apprendre la mort prématurée de son interprète Chadwick Boseman, le Wakanda ne pouvait évidemment pas échapper à la déflagration déclenchée par la disparition de son roi T'Challa alias Black Panther. C'est donc logiquement sur une très touchante émotion issue de la triste union entre la réalité et la fiction que s'ouvre "Wakanda Forever", nous ramenant au coeur de ce royaume imaginaire et de ses habitants pour nous faire partager leur désemparement d'une sincérité allant bien au-delà du cadre d'un énième film de super-héros. Dans un ultime hommage populaire, accompagné par les pleurs de sa mère Ramonda et de sa sœur Shuri, incapable de tourner la page, "Wakanda Forever" referme son douloureux prologue sur un sigle Marvel Studios cette fois personnalisé, silencieux et annonciateur d'un film où l'empreinte de Chadwick Boseman et de son personnage laissée sur cet univers se fera toujours ressentir...

Un an après ce décès, un Wakanda plus fragile et ses stocks de vibranium révélés au monde attirent désormais l'oeil des nations étrangères désireuses de s'en emparer (la France est bien sûr de la partie) mais, devant le refus intransigeant de la reine Ramonda de céder à leurs exigences, ces derniers se mettent à chercher d'autres potentiels filons de la précieuse ressource. Alors qu'une plateforme pense en avoir détecté en plein océan Atlantique, elle est attaquée par un mystérieux peuple venu des fonds marins...

Crevons tout de suite l'abcès du principal défaut de ce "Wakanda Forever": le film semble long, beaucoup trop long, comme s'il ne parvenait jamais à trouver un équilibre satisfaisant entre tous les pans de son récit, ce qui le condamne à un rythme en dents-de-scie entre ses phases les plus spectaculaires et ses passages plus intimistes sur une durée qui paraît s'éterniser au-delà du raisonnable. On s'en doute, la manière d'insérer la triste destinée du Black Panther d'origine et ses répercussions sur chaque personnage à une toute nouvelle histoire n'a pas dû être une mince affaire, obligeant le long-métrage à un déroulement en forme de va-et-vient où chaque nouveau pas effectué par le scénario se doit d'être souligné en corrélation avec la souffrance et l'évolution de l'entourage de T'Challa. En cela, et même s'il y a toujours de vrais moments forts sur le deuil collectif de ses protagonistes au fil des péripéties, la progression de "Wakanda Forever" s'en retrouve ankylosée, un peu comme si le film adoptait l'allure d'un coureur de marathon ayant un méchant point de côté tout au long de sa course.

Pour autant, est-ce là à dire que "Wakanda Forever" fait figure de déception ? Non, tout de même car, en tant que point final d'une Phase 4 du MCU quelque peu dispersée (de l'avis général), le film de Ryan Coogler semble au contraire se recentrer sur le meilleur de ce que peut offrir un film Marvel digne de ce nom.

D'abord, en y introduisant avec réussite un nouveau pan de l'univers des comics avec l'arrivée de Namor (Tenoch Huerta Mejía) et de son monde sous-marin: de l'excellente séquence de premier assaut à l'exploration de la cité des mers, cette relecture esthétique façon civilisation maya réussit complètement à s'imposer, sans souffrir de la comparaison avec un certain "Aquaman", tout en offrant des origines et un parallèle pertinents avec le Wakanda sur la position à adopter face à un monde colonisateur (sans compter une superbe identité musicale par-delà les sons wakandais).

Ensuite, outre une Riri Williams/Iron Heart à laquelle l'intrigue trouve une place judicieuse pour faire ses premiers pas dans le MCU, en faisant plus que la part belle aux membres féminins éminents du clan royal endeuillé: à commencer par la mise en avant forcément attendue de Letitia Wright, traduisant sans mal toute la douleur intérieure de cette petite sœur orpheline pour en faire le moteur d'une future affirmation d'elle-même dans l'urgence de situations de plus en plus délicates, et celle d'Angela Bassett, une reine-mère à la fois grandiose et imprégnée par la tragédie, qui impacte de son charisme chacune de ses scènes (celle du Conseil, où elle fait tomber le masque de souveraine, est absolument déchirante). Okoye (Danai Gurira) et Nakia (Lupita Nyong'o) auront aussi plusieurs moments pour briller, même si la deuxième mettra clairement un peu plus de temps à s'imposer dans le film (avouons que son absence durant un bon premier tiers n'était pas si dérangeante, et on adore Lupita Nyong'o pourtant !). Les personnages d'Everett Ross (Martin Freeman) ou de M'Baku (Winston Duke) assureront un rôle plus anecdotique mais sympathique tandis que le retour de Valentina (Julia Louis-Dreyfus) sera le seul bémol notable de l'ensemble sur ce point, à cause d'une approche cassant quelque peu le côté énigmatique installé lors de ses précédentes apparitions.

Enfin, au-delà des problèmes rencontrés par sa durée, "Wakanda Forever" offrira un spectacle malgré tout solide et cohérent, où l'humour Marvelien en restera cette fois à une dose rudimentaire pour laisser le temps à ses camps d'exprimer de réelles divergences de fond amenées à se confronter en résonance d'un certain ordre mondial, le tout pour bien entendu aboutir sur des affrontements tantôt impressionnants tantôt inaboutis (à l'image de certains FX, un défaut récurrent des films Marvel, et la dernière partie peine à maintenir un souffle épique) mais aussi pour laisser ses personnages guérir de leurs détresses respectives derrière les enjeux belliqueux.

Même s'il est bien difficile d'oublier son côté interminable et mal rythmé, "Wakanda Forever" a donc le mérite d'achever la Phase 4 du MCU sur une note assez satisfaisante, qui pousse l'univers wakandais et ses héros dans des retranchements inédits en vue de les faire grandir dans des perspectives plutôt réjouissantes pour l'avenir (on veut déjà tous les revoir), en n'oubliant pas de se teinter d'un vrai bel hommage à un membre éminent des Avengers disparu trop tôt.

Au tour désormais d'Ant-Man et de la Guêpe, et surtout de Kang, d'en démarrer une nouvelle en 2023 sous de meilleurs auspices. Et aussi, espérons-le, d'une menace bien plus dangereuse sur le long-terme...

RedArrow
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le 9 nov. 2022

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