Black past
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Black past

Film de Olaf Ittenbach (1989)

En opposition au comité de censure du pays et à la frustration d’une jeunesse ayant mal vécu le rideau de fer, un nouveau mouvement contre-culturel ultra vénère va jaillir des tréfonds de l’enfer. L’année 1989, ne fut pas seulement celle de la chute du mur de Berlin mais bien celle de l’avènement du splatter underground allemand. Si Jörg Buttgereit fut en quelque sorte son instigateur avec son célèbre Nekromantik, c’est bien Olaf Ittenbach et son compère Andreas Schnaas qui donneront l’impulsion nécessaire à cette nouvelle vague artistique de franchir nos frontières.


Hello Darkness My old Freund


D’une certaine manière, Black Past constitue une forme de résurgence du passé violent de l’Allemagne, conditionnant toute la frustration emmagasinée depuis l’après-Guerre dans une malle enchaînée à double tour qui ne demande qu’à être ouverte. Après la nécrophilie de Jörg Buttgereit, Olaf Ittenbach brise un autre tabou en se fendant du meurtre sordide d’une petite fille. Ils ont vraiment un problème ces allemands… Mais la démarche de son premier essai ne s’inscrit pas seulement dans une volonté de vouloir choquer le chaland à tout prix, mais bien de raviver la flamme du cinéma bis transalpin des Lucio Fulci, Claudio Fragasso et Bruno Mattei.


Armé de courage, de volonté, de système D et surtout de talent, Olaf Ittenbach expérimente différents maquillages et effets spéciaux avec un premier court métrage (Deadly Night) avant de passer au format long. Produit pour une enveloppe dérisoire d’environ 5000 €, Black Past fait le pont entre ses influences américaines (Evil Dead, Zombie le Crépuscule des Morts Vivants) et européennes (Frayeurs, L’Au-Delà), par ses choix de mise en scènes oniriques, son rapport aux forces du mal, à l’au-delà, à la déliquescence des corps, ainsi qu’à la violence exacerbé de ses mises à morts.


Si le cinéaste sera amené à devenir prothésiste dentaire, son savoir-faire va lui ouvrir de nouveaux horizons, et il ne faudra pas longtemps pour que certains de ses confrères lui offre le poste de maquilleur et responsable des effets spéciaux sur leurs projets de long-métrages (Deuteronomium, Angel of Death 2 Prison Island Massacre, Rigor Mortis).


Hell on Germany


Ici l’objet de culte ne sera pas le Necronomicon mais bien un miroir maudit qu’un adolescent va récupérer dans le grenier de sa nouvelle maison. Sous son influence, son quotidien va peu à peu se déliter à la suite d’un accident de voiture tragique. Face à la perte de sa petite amie, le personnage va noyer son chagrin dans l’alcool et se laisser consumer par un démon.


De premier abord, nous serions en droit d’imaginer Black Past comme une transposition teutonne d’Evil Dead. Les copycats pullulaient alors dans les vidéoclubs de l’époque (Evil Clutch, Demons, Night of the Demons), mais l’apprenti cinéaste parvient à s’en émanciper par une ambiance beaucoup plus lourde sur le plan dramatique et un ton résolument nihiliste. Dès ce premier essai, Olaf Ittenbach nous enivre de visions effroyables et dérangeantes au cœur d’une dimension infernale peuplée d’âmes damnées, où les chaires sont martyrisées, les corps démembrés, et les têtes coupées. Des intestins et abats d’êtres humains ornent le décor de cet enfer cryptique nimbé de projecteur rouge.


Le réalisateur donne également de sa personne en allant jusqu’à se clouter le pénis sur un établi avant de se l’arracher avec une scie. Cette séquence complètement démente ne constitue pourtant pas encore le point d’orgue du récit préfigurant déjà l’impressionnant climax de son film suivant The Burning Moon, comme une répétition avant l’heure. Tout le long de sa filmographie, Ittenbach n’aura de cesse à vouloir reproduire cet au-delà typiquement Fulcien (No Reason).


Massacre à la Stihl


Malgré les limitations inhérentes à l’utilisation de son caméscope domestique, Olaf Ittenbach soigne son travail de mise en scène grâce à un montage incisif, décuplant l’impact de ses scènes chocs. Avec de simples effets de brouillard et d’éclairage, le cinéaste parvient à livrer quelques compositions sépulcrales et envolées lyriques (la séquence onirique avec un bébé ensanglanté et son landau brûlé, symbole d’une innocence brisé) faisant basculer le film dans une forme de poésie macabre.


Mais le clou du spectacle est encore à venir et si l’étalage de barbaque précédent ne vous a pas encore fait fuir, la suite s’en chargera. Rien ne vous aura préparé à la brutalité absolument inouïe du carnage final lorsque le personnage possédé va se mutiler dans la salle de bain avant de massacrer son entourage avec une Stihl. Les effets spéciaux et maquillages sont si impressionnants que l’on peine parfois à discerner le vrai du faux, et si le massacre à la tronçonneuse du film éponyme n’était que suggéré, Black Past livre aux insatisfaits ce qu’ils espéraient voir du film de Tobe Hooper.


Il vous faudra néanmoins avoir l’estomac bien accroché pour supporter les geysers de sang et baquets de viscères, les membres arrachés, les mâchoires édentées, les yeux révulsés et mannequins dépecés paraissant parfois plus vrai que nature. La caméra s’attardera à filmer le visage meurtri de ses interprètes relâchant leur dernier souffle de vie, l’expression à jamais figée sur la bande magnétique de ce divertissement dégénéré. Après une telle boucherie, bonne chance pour aller expliquer et défendre le film auprès du comité…


Si toi aussi tu es un gros frustré qui en a marre de toutes ces conneries, eh bien L’Écran Barge est fait pour toi. Tu y trouveras tout un arsenal de critiques de films subversifs réalisés par des misanthropes qui n’ont pas peur de tirer à balles réelles.

Le-Roy-du-Bis
7
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le 13 déc. 2023

Modifiée

le 9 févr. 2024

Critique lue 284 fois

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