A 64 ans, Roger Michell n'est plus franchement un réalisateur débutant. Pourtant, malgré une filmographie conséquente, le grand public le connait peu, à l'exception de son carton commercial (Coup de foudre à) Notting Hill. Plus globalement, peu de ses films ont rencontré de réel succès critique, aussi, c'est avec une certaine méfiance qu'on découvre sa dernière production, Blackbird et son casting 3 étoiles.
Lily et Paul vivent dans une maison pour le moins cosy, située sur la côte "sauvage" du Connecticut. Un endroit paisible où Lily, la soixantaine, passe ses derniers moments. Atteinte d'une maladie dégénérative incurable, elle a décidé de mettre fin à ses jours avec l'aide de son médecin de mari, afin de ne pas avoir à vivre, dans quelques temps, dans un état végétatif. Mais avant d'absorber la "potion" qui mettra un terme à ses souffrances, Lily a décidé de réunir sa famille pour un long weekend d'adieu.
Evidemment, à la lecture du pitch, on pouvait craindre un film mélodramatique pataud, taillé pour faire larmoyer dans les chaumières. Mais autant le dire de suite, Roger Michell est parvenu assez brillamment à éviter cet écueil.
Il dépeint avec justesse, aussi bien le personnage de Lily, libérée par la décision qu'elle a prise (et qui parvient même à tourner la situation en dérision) que sa famille: mari, meilleure amie, filles et conjoints, qui font de leur mieux pour passer un moment "normal" et mettre de côté leurs états d'âme.
Michell parvient ainsi à nous faire ressentir ce faux-rythme que chacun rencontre un jour dans sa vie, ce genre de moment suspendu dans l'attente d'un événement charnière. En l'occurrence ici, celui d'un weekend où il ne semble rien se passer de particulier, mais qui conduit pourtant inexorablement les protagonistes vers un dénouement terrible. Une famille où finalement, peu de monde se comprend, où chacun porte ses blessures et ses secrets, mais qui va tirer une force des événements pour se recentrer sur l'essentiel, en dépit des efforts et de la douleur occasionnés.
Si le film est si juste, c'est aussi parce qu'il est porté par des acteurs parfaitement dans le ton et qui justifient si besoin était, qu'ils ne sont pas des "stars" sans raison, Kate Winslet en tête. Les seconds couteaux du casting s'en sortent également plus que bien, à l'image du très convaincant Rainn Wilson.
On soulignera aussi la qualité des compositions de Peter Gregson qui magnifient quelques moments clés, et enfin cette lumière, si typique des paysages côtiers du nord-est des Etats-Unis, que le film est parvenu à capter et qui sied parfaitement à ces instants, à cette histoire.
Blackbird est une belle surprise. Un film qui traite d'un sujet grave, encore semi-tabou dans nos sociétés, celui de vouloir mourir dignement, de son propre chef. Il le fait sans prosélytisme, mais au contraire, avec beaucoup de compréhension et de compassion tant pour ceux dont c'est le choix, que pour ceux qui refusent de voir partir l'être aimé de manière "aidée". Il le fait également avec une petite dose d'humour qui tombe toujours juste et qui contribue à rendre toute cette famille attachante.
Blackbird est tout simplement un beau film.