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Blade Ruinneur
Denis Villeneuve est un metteur en scène qu'on apprécie. Sicario, Enemy, Premier Contact... la plupart de ses œuvres sont puissantes, et on sait le bonhomme capable de mettre une beauté plastique...
le 4 oct. 2017
Je ne connaissais pas du tout Villeneuve avant d'avoir vu en salle Dune 1 et récemment Dune 2. Comme j'ai beaucoup apprécié ces deux films, je me suis dit qu'il me fallait absolument améliorer ma culture en matière de "Villeneuve". Et on m'a prêté le film qui fait suite au superbe "Blade Runner" de Ridley Scott que j'ai revu avant-hier pour paraitre moins cloche. Même si, en définitive, je m'en souvenais très bien. Même si, surtout, les problématiques ayant tellement évolué entre 2019 et 2049, on est sur un scénario assez différent.
La question que je me posais sur la nature de Deckard dans ma critique est, ainsi, devenue vaine.
Si j'essaie de résumer le scénario, je dirais que les anciens réplicants sont toujours pourchassés et détruits mais les conditions économiques sont telles en 2049 que de nouveaux réplicants plus obéissants (des esclaves) sont créés pour des besoins au moins agricoles.
Seulement, voilà, on découvre le cadavre d'une ancienne réplicante qui a mis au monde en 2019 un enfant alors que c'était réputé impossible. Pour préserver l'équilibre fragile réplicants/humains, ordre est donné au Blade Runner (Ryan Gosling) de trouver (et éliminer) cet enfant devenu adulte trente ans plus tard.
Spoiler : Je n'en dirai pas plus sinon, juste pour être raccord avec Blade Runner 1982, qu'on découvre que le cadavre est celui de Rachel dont on trouve qu'elle est morte en couches. Pour en savoir plus et surtout retrouver l'enfant, Ryan Gosling aura à retrouver Harrison Ford, alias Deckard, en principe toujours vivant…
La problématique se complique donc singulièrement puisque l'enjeu sociétal pourrait être la possibilité pour les nouveaux réplicants de se reproduire, entrainant de facto un risque accru de guerre civile entre les deux populations puisque plus grand-chose ne permettrait de les distinguer. Par contre, Wallace Inc, successeur de Tyrell Inc, lui y voit l'avantage d'augmenter sa productivité. Bon, on a bien compris, c'est la morale contre le fric, vieux débat.
D'un point de vue scénaristique, on n'est donc plus du tout dans une simple suite du Blade Runner de Scott. Villeneuve a déplacé le sujet en imaginant ces réplicants dans un statut d'esclaves face aux êtres humains dans une société qui conserve un certain équilibre. Le fait que ces esclaves puissent se reproduire change la donne car cela revient à accorder aux clones une égalité potentielle de fait. Implicitement on est dans le schéma redouté des humains et espéré par les esclaves.
Cependant, la fin du film me parait très déroutante comme si Villeneuve avait oublié en route l'enjeu sociétal mentionné ci-dessus. Il ne peut pas s'en tirer aussi simplement parce qu'un flic du LAPD et un agent tueur de Wallace sont tués ! Du coup, sur ce point, le scénario me parait un peu bancal.
Il reste cependant dans le film des choses fort intéressantes sur les notions de souvenir, les conditions de création du souvenir de sorte à ce qu'il persiste. J'ai bien aimé la scène entre K (Gosling) et le Dr Ana Stelline.
Spoiler : Même si, en rédigeant ma critique, je me dis que Villeneuve, là encore, n'a pas été au bout de sa pensée sur l'origine de la déficience immunitaire que subit ce fameux docteur spécialisé en fabrication de souvenirs l'obligeant à vivre dans une bulle.
Le film aborde bien d'autres thématiques comme la conception moderne du couple qui est à la fois curieuse et inquiétante. Pour faire court et ne pas trop spoiler, la vie du couple s'organise de façon bien pratique. Il suffit de s'abonner à un service de Wallace Inc qui fournit un hologramme capable de toutes les tâches qu'elles soient ménagères ou intimes. D'un point de vue masculin, c'est quand même pas mal ! Moyennement un abonnement (genre Netflix), on a donc une femme à sa botte, belle (je suppose qu'il y a un catalogue), toujours contente, toujours de bon conseil, qu'on peut trainer partout avec soi. Pour un service intime plus prosaïque, elle se démerde même pour que le virtuel et le réel se "marient" parfaitement. Si on en a marre, il suffit juste de débrancher. Simple et pratique. Oui, ok. Mais c'est bien aussi de s'engueuler un peu de temps en temps ça entretient l'amitié et ça renouvèle les plaisirs. Et puis, la femme virtuelle même parfaite, ça a quand même pas mal de limites. Ça me fait penser au livre d'Asimov où les gens ne peuvent communiquer qu'à travers un écran. Je regrette que Villeneuve n'ait pas imaginé finalement une réciproque. D'autant que Wallace Inc. n'a pas pu ne pas y penser. C'est évident. À moins que Villeneuve considère qu'il soit impossible qu'une femme puisse se contenter d'un hologramme... Ça, le film ne le dit pas …
Sur la même gamme, deux autres scènes m'ont fait sourire ; la première c'est quand "on" propose une réplique (vivante) de Rachel (d'il y a trente ans) à Harrison Ford qu'il rejette parce qu'elle n'a pas les yeux verts. Comme on ne peut pas se contenter d'une femme virtuelle, on ne peut pas non plus vivre avec un souvenir d'il y a trente ans qui ne peut que vous faire paraître plus vieux.
Mais le plus beau, c'est la prostituée nue sur un écran qui tente d'appâter Gosling. Ça m'a carrément fait penser à l'irrésistible sketch "Gérard Bouchard" de Jean-François Derek.
Quittons les aspects scénaristiques, pour parler mise en scène. Le film est extrêmement esthétique. Indéniablement. Tout. De l'iris de l'œil au départ, aux couleurs et aux décors (à mon avis, plutôt virtuels aussi) et à la neige qui tombe à la fin. Villeneuve a respecté une certaine cohérence avec le film de Scott. En "plus pire" : la pluie, les décharges à ciel ouvert, une société en déliquescence, l'orphelinat géré par un maquereau dont on ne peut qu'apprécier la putain de baffe qu'il reçoit, les ruines de Las Vegas détruite par une explosion atomique (qu'est-ce que Villeneuve lui reproche donc à cette ville ?)
Oui, mais, l'esthétique pour l'esthétique, c'est bien mais ça ne fait pas un film. Est-ce une marque de fabrique de Villeneuve ? Un prérequis dans la façon de monter un film chez Villeneuve ? Je prévois de voir bientôt "premier contact" dont on m'a dit grand bien ...
En conclusion, c'est bien un film qu'on regarde avec un certain plaisir. Au moins, celui des yeux. Je l'ai trouvé un peu longuet quand même pour, au final, ne pas dire grand chose de plus que Scott. Personnellement, il m'a nettement moins impressionné que le film de Scott. Et notamment sous l'angle du scénario où j'ai cru déceler quelques petites faiblesses de cohérence entre le propos très intéressant et ce à quoi il arrive à la fin.
Et puis, il faut que je dise que je suis totalement rassuré. En effet, il y a des pubs à Los Angeles sur Coca-cola. Je suis maintenant certain qu'on pourra encore boire du coca-cola en 2049 ! C'est le scoop du film
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Créée
le 13 mars 2024
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