En 2019 l'Amérique a colonisé différentes planètes qu'elle exploite en employant des réplicants,androïdes humanoïdes d'une force et d'une résistance supérieures fabriqués par la société du docteur Tyrell,homme d'affaires et scientifique de pointe.De temps à autre,ces créatures se révoltent et s'échappent,provoquant certains dégâts car elles sont dépourvues de sentiments et d'empathie.Par conséquent elles sont interdites de séjour sur Terre et un service spécial de police,les blade runners,est chargé de les traquer et de les éliminer en cas de besoin.Justement,six réplicants commandés par Roy Batty,un Nexus 6,machine dernière génération ultra perfectionnée de chez Tyrell Corporation,se sont barrés de leur colonie spatiale et zonent à Los Angeles.Deux d'entre eux ont été tués mais les autres sont difficiles à localiser et la police fait appel à Rick Deckard,un ancien blade runner, qui se voit contraint de repartir en chasse.Pour son troisième long-métrage,Ridley Scott frappe fort avec ce film culte du cinéma de science-fiction.Il s'agit là de la version "Final cut",mais elle n'est pas très différente de l'oeuvre originelle sortie en 82.Le scénario de Hampton Fancher et David Peoples adapte un roman du légendaire Philip K. Dick subtilement intitulé "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?".Les puristes ont hurlé à la trahison alors que l'adaptation,certes très libre,n'est pas non plus si éloignée du livre.Et puis on s'en fout,l'intérêt de changer de médium étant précisément de créer quelque chose qui soit compatible avec une représentation cinématographique.On a aussi reproché à Scott d'avoir piqué le terme "blade runner" à William Burroughs,mais ce dernier est quand même cité à ce titre dans le générique.De toute façon,les oeuvres quelles qu'elles soient subissent toujours des inspirations diverses et font des emprunts à ce qui les a précédé,c'est une constante dans le domaine de l'art.Mais venons-en au fait."Blade runner",c'est déjà un visuel marquant et une date dans l'Histoire du ciné fantastique,qui de par son esthétique et ses thématiques a ouvert la voie à tout un pan du genre.Bien sûr il y a les références littéraires ou cinématographiques qui ont influencé le film,de "Frankenstein" jusqu'à "Alien" de Scott lui-même,en passant par "L'île du docteur Moreau" ou les vieux Cronenberg comme "Chromosome 3" ou "Scanners".Mais d'autres suivront,on pense en vrac à "Total Recall","Terminator","Robocop","I,robot","Le cinquième élément","A l'aube du sixième jour","A.I.",jusqu'à des comédies telles que "Mes doubles,ma femme et moi","Le clone","L'homme idéal" ou la série "Real humans"."Blade runner" est donc la matrice de tout un imaginaire cinématographique qui ici célèbre les noces du polar noir des années 40-50 et de la SF eighties,d'ailleurs une partie du récit se déroule à Chinatown,haut-lieu référentiel du detective movie polanskien.La direction artistique est juste dingue et fait appel à des pointures comme les décorateurs David L. Snyder et Lawrence G. Paull,qui inventent un univers souvent imité depuis de mégapole grouillante d'une populace cosmopolite,essentiellement asiatique bizarrement,qui mêle de manière surprenante délabrement et modernisme.Il fait constamment nuit,il pleut tout le temps,de la brume due à la pollution nimbe la ville,des fumées s'élèvent un peu partout,les intérieurs,qu'ils soient clean comme le bureau et l'appartement de Tyrell,bordéliques comme le poste de police ou le logement de Deckard ou en ruine comme l'immeuble de Sebastian mélangent technologie et archaïsme et revêtent tous un aspect sinistre immersif magnifié par la photo de Jordan Cronenweth qui malgré le Technicolor joue sur l'obscurité omniprésente traversée de lumières violentes et de filtres colorés,bleus principalement,typiques des années 80.La rue est aussi le théâtre d'un étrange mélange avec ses échoppes de bouffe chinoise cradingues équipées de matériel hi-tech,ses trottoirs et ses murs sales surmontés d'écrans électroniques géants diffusant de la publicité,même Deckard dans le foutoir de son appart possède un ordinateur ultra-performant à commande vocale tandis que Sebastian fabrique dans son taudis des automates perfectionnés ou que Chew bricole dans un labo douteux les yeux des réplicants usinés en pièces détachées.Tout ceci instaure une fascinante ambiance décalée et bizarroïde qui donne au film un vrai cachet,d'autant que la musique lancinante et horriblement cool du grand Vangelis accompagne ce voyage dans un monde futuriste vu de 82 alors que pour nous 2019 c'est déjà loin derrière.Qu'en est-il de ce point de vue?La prospective des auteurs était-elle prophétique?Oui et non à vrai dire,on ne voit toujours pas de voitures volantes dans nos rues et si la robotique et la domotique avancent,nous n'avons pas encore d'androïdes domestiques.Mais les écrans publicitaires géants sont bien là,ainsi que la foule bigarrée multiculturelle,ou plutôt multi-aculturée,et aussi cette difficulté à différencier les hommes et les femmes qui pourrait s'apparenter à l'identification compliquée des réplicants.A part ça le film est d'une grande richesse en ce qu'il pose des questions philosophiques et existentielles cruciales.Si on crée ces androïdes,c'est dans le but d'avoir des travailleurs de force infatigables et corvéables à merci capables d'effectuer tous les travaux qu'on trouve trop pénibles ou qu'on n'a pas envie de faire,ainsi que des femelles qu'on peut baiser et rebaiser à l'envi,toujours disponibles et consentantes.Au fond,il s'agit de satisfaire un vice enfoui dans l'âme humaine mais bien présent,le désir de rétablir l'esclavage pour flatter un sentiment de toute-puissance.Mais attention,on est sur de l'esclavage soft,affranchi de la culpabilité,celui qui permet de conserver sa bonne conscience puisqu'il s'exerce sur des machines et non sur des hommes.D'où une nouvelle interrogation:qu'est-ce qu'un humain?Où se situe la limite entre un homme et un clone parfait?Qu'est-ce qui les sépare finalement?Le film donne la réponse,la frontière c'est l'origine,le background.Un humain ne se crée pas ex nihilo comme un androïde,il est le fruit d'une relation sexuelle,il a des parents,il a eu une enfance,une adolescence,une évolution qui l'a façonné.Un humain,c'est un passé et une mémoire.Oui mais voilà,le Progrès est un mouvement perpétuel insatiable,il faut éternellement faire plus et mieux,et le sieur Tyrell a inventé une nouvelle génération de robots,encore plus proche du modèle humain,le Nexus 7.Les réplicants précédents savaient ce qu'ils étaient,des simili humains programmés pour vivre quatre ans,mais Rachael,la charmante assistante de l'apprenti sorcier,ignore sa nature.Elle croit être une femme,elle a des souvenirs,sauf qu'il s'agit d'implants électroniques fichés dans son système neuronal.Deckard le détecte,ce qui ne l'empêche pas de tomber amoureux d'elle,et réciproquement car ce modèle perfectionné de biomécanique est apte à éprouver des sentiments,ce qui va encore compliquer la tâche du nettoyeur.Ce texte est dédié à mon ami MetalliChaos,qui déteste ce film et l'a brillamment expliqué dans une formidable critique.Je vois bien ce que tu veux dire mec,mais je ne partage ni ton analyse ni tes conclusions.Je ne crois pas que les réplicants soient glorifiés,ni d'ailleurs qu'ils soient condamnés.Ils apparaissent juste pour ce qu'ils sont,des monstres certes,mais des monstres pas responsables de leur état vu qu'ils n'ont rien demandé et qu'ils ont été créés par des savants fous poursuivant finalement le même objectif que le baron Frankenstein,à savoir égaler Dieu,voire le dépasser,voire le remplacer.Quant à savoir si Deckard est lui-même un réplicant qui s'ignore,c'est un gros dossier et le débat reste ouvert.Il n'est nulle part stipulé clairement qu'il en serait un,bien que des indices le suggèrent.Cette incertitude résulte de positions antagonistes entre Scott,qui voulait effectivement en faire un non-humain,et le scénariste Fancher qui,comme Harrison Ford,considèrent au contraire qu'il n'est pas un androïde.Pour moi,ce sont eux qui ont raison,un Deckard réplicant n'aurait pas grand sens et son histoire d'amour inappropriée avec Rachael perdrait toute sa substance,mais c'est à chacun de choisir son camp.Concernant la fin de ce "Final cut",elle se démarque du happy-end originel mais reste énigmatique.Deckard trouve sur le sol de l'immeuble un des origamis que confectionne son collègue Gaff,ce qui serait le signe que le gars est venu mais a renoncé à exécuter Rachael.De mon point de vue ce n'est pas certain,le mec est peut-être là,tapi dans un coin et prêt à finir le boulot.Reste le mystère Batty.Pourquoi décide-t-il in fine de sauver Deckard?Son attitude reste inexplicable mais ça n'en fait pas pour autant un personnage christique,c'est plutôt un révolutionnaire qui a échoué à éviter sa mort programmée,plus Spartacus que Jésus en somme.Harrison Ford est extraordinaire dans le rôle principal,campant un détective négligé,désabusé et alcoolo dans la grande tradition,son personnage vulnérable et mélancolique étant plus profond que ceux,héroïques et superficiels,qui l'ont rendu célèbre comme Indiana Jones ou Han Solo.Rutger Hauer a une allure folle en rebelle peroxydé en proie au désespoir,et Sean Young est magnifique et émouvante en créature artificielle chamboulée par la découverte de sa nature réelle.Les autres réplicants sont incarnés par Daryl Hannah,sculpturale et dynamique en prostituée combative,Brion James dont la sale gueule fait merveille et la belle Joanna Cassidy qui exhibe de superbes nibards.Edward James Olmos est là avec sa tronche grêlée et joue l'inquiétant Gaff,le massif M. Emmet Walsh est Bryant,le chef de la police,William Sanderson est excellent en concepteur d'androïdes dont l'appartement est rempli d'automates,James Hong apparait brièvement en trafiquant d'yeux et Joe Turkel,le barman de "Shining",est le magnat Tyrell,celui par qui tout arrive.Notes et critiques de films de Ridley Scott publiées précédemment:voir critique "House of Gucci".Nouvelle moyenne:7.

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le 16 déc. 2025

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