Si l'on peut regretter des oublies dans la sélection officielle de l’Étrange Festival 2026 comme l'adaptation de Zsazsa Zaturnnah par Avid Liongoren, réalisateur du prometteur Hayop Ka! The Nimfa Dimaano Story (sans même parler des films en prise de vue réelle comme Kraken, AnyMart d'Iwasaki Yusuke qui a pu secouer le Festival de Berlin, Victorian Psycho qui a rythmé la fin du Festival de Cannes à Un Certain Regard...) ou même des courts métrages attendus (notamment La Robe Peau de Joachim Hérissé, The End de Niki Lindroth von Bahr qui a l'air d'être une proposition très rigolote présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, ou Mon nom et Lilith de Leo Luna Robert-Tourneur, produit par Ikki Films qui nous avait offert le génial Beurk ! de Loïc Espuche), il faut reconnaitre que la sélection a su avoir son lot de surprise, et il est évident que Blaise est le film qui a chambouler toutes les attentes en cette rentrée 2026. Déjà remarqué au Cartoon Movie 2026 pour les rapprochements possibles entre la direction visuel du film et une série canadienne à cauchemars (dont le nom commence par Angela et finit par Anaconda), le film a fait office de total outsider lorsqu'il a été annoncé au Festival de Cannes à l'Acid, ce qui relève d'une sacrée prouesse lorsque l'on connait la fermeture d'esprit dont peuvent faire preuve certains critiques de cinéma de la croisette, même chez ceux qui disent apprécier l'animation. On aurait alors pu assimiler la sélection du film à celle d'un Silex and the city le film, dont la présence relevait presque de l'accident, même en séance de la plage. Pourtant les retours dithyrambiques et les sélections s'enchainant, il devenait de plus en plus évident que quelque chose pouvait se cacher derrière ces visuels pouvant rebuter. Cette dynamique s'est amplifiée lorsque le film a remporté le Grand Prix dans la Compétition Contrechamp du Festival d'Annecy, mettant à l'amende des projets venant de poids lourds de l'industrie comme A New Dawn ou même beaucoup plus plébiscités médiatiquement comme Muyi, la légende du village des femmes. La chose est d'autant plus remarquable lorsque l'on sait qu'à part la série d'où est tiré le film, c'est le tout premier essai dans l'animation pour Alexandre Gavras et sa société KG Productions. Les sélections du film au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, ainsi qu'en sélection Mondovision à l’Étrange Festival, n'ont fait que confirmer mes attentes au point que Blaise était définitivement le film que j'attendais le plus de toute la sélection... et je n'ai pas été déçu.


Il est assez facile de pointer du doigt des personnages que l'on a inventé pour être gênant. C'est tellement devenu une facilité que des réalisateurs comme Quentin Dupieux en ont fait leur fond de commerce cinématographique, et que d'autres tentent de faire carrière en mettant en scène le contenu d'utilisateur qu'ils ne comprennent pas pour les moquer et faire des personnages, voire en incarnant directement des personnages dont ils peuvent peiner à s'en détacher et qui peuvent parfois mettre leurs vies en danger. Pourtant ici, si gêne il y a et que l'on rit des personnages, on ne va jamais adopter un regard rabaissant et méprisant vis-à-vis d'eux. Les personnages gênent car ils n'ont pas certaines barrières et codes de "normalité" qui peuvent conditionner notre manière d'appréhender le monde, et tout le principe du film est de nous faire réapprendre à redécouvrir le monde, kit à faire rire. Si l'on rit des problèmes de santé du père lié aux détergeant (dont l'explication beaucoup trop longue dans la scène d'ouverture m'a fait véritablement pleurer de rire), on apprend peu à peu à devenir empathique face à des personnages qui ne cherchent qu'à être heureux et s'intégrer. L'humour du film réside dans le contraste entre l'image que l'on peut avoir des personnages, et une réalité paraissant loufoque au premier abord, mais se révèle profondément humain. On ne s'étonnera même plus de voir des personnages utiliser une grenade dégoupillée comme d'un marteau pour brancher des câbles XLR, ou même d'avoir une conclusion qui peut paraître amer, mais dont l'amertume naît que si l'on persiste à regarder les personnages de notre point de vu de spectateur dans vivant dans une société qui rejette avant de comprendre. Le personnage de Blaise se révèle être le personnage le plus terre à terre de ce monde qui, en cherchant à briser sa timidité, l'incite presque à exacerber sa propre étrangeté. Il n'est absolument pas question de faire l'éloge de la médiocrité et du culte de l'attention au détriment du bien être d'autrui, on ne dit pas que ce que font les personnages sont forcément acceptable, bien au contraire. L'idée est avant tout de questionner notre capacité à accepter ce qui est normal ou non, et condamne tout aussi bien les codes d'une société qui se moque plus qu'elle n'inclus, que les personnes qui cherchent à bousculer la société pour que l'attention soit d'avantage recentré sur leur égo plus que dans l'intérêt commun. L'écriture révèle petit à petit sa minutie d'horlogerie, nécessitant un jeu d'acteur tout aussi irréprochable. C'est là que se révèlent le véritable talent des comédiens qui est extraordinaire, derrière des interprétations que l'on pourrait qualifié à tord de plat ou en sous-jeux. Il est important de souligner les capacités et la progression fulgurante qu'a pu opérer Léa Drucker depuis son interprétation en demi teinte sur Mars Express ou Silex and the city, qui arrive ici à être délivrer une palette d'émotion rare. A la fois grinçante, touchante, drôle, le personnage de madame sauvage donne énormément de possibilité à l'actrice qui trouve un terrain où exploiter ses maladresses de sa jeune carrière de comédienne de voix, et en faire une force. Cela rejoint presque le propos de fond du film sur le besoin d'accepter l'originalité qui peut sortir des conventions pour mieux échapper à la dureté de la réalité. L'animation se révèle très pertinente et touchante dans cette manière très originale et peu commune de portraiturer les aspects catégorisés comme disgracieux, mais qui finit par devenir un charme indéniable. On ne va pas hésiter à faire des zoom très insistants, des plans pouvant mettre mal à l'aise, mais qui nous permet profiter au mieux d'un monde qui nous pousse à repenser nos standards de beauté. Le film se révèle aussi drôle que profondément touchant.


Le film se voulant comme une forme d'escalade, les situation s'enchainent et viennent à emmener toujours plus loin les situations dans une forme de surenchère perpétuelle. Cela est renforcé par des coups de génies niveau montage et des transitions d'une efficacité redoutable. Pourtant, pour générer une gêne face à certaine situation, le film a besoin de prendre son temps et à parfois allonger certaines scènes qui rendent le visionnage un peu plombant. On peine par moment à voir où est ce que le film est sensé se conclure, jusqu'où iront les idées et les situations, et jusqu'où doit-on aller. Ce qui fait que la fin peut paraitre très abrupte et presque décevante tant on aurait presque voulu une forme de feu d'artifice cinématographique, où tout ce que le film amène auraient pu trouver une conclusion plus spectaculaire. Mais plus que la fin, on peut reprocher au film de rester dans une forme de conformisme assez sage quant il s'agit d'emmener les situations vers l'extrême. L'un des exemples les plus parlant reste le personnage de la star, dont le running gag marche admirablement bien, et dont on aurait pu avoir une conclusion beaucoup plus poussée. Cela est peu être dû à la scène d'ouverture, d'un humour acide et au rythme percutant, qui propose une irrévérence et un dynamisme que ne propose pas le reste du film par manque de scènes marquantes et vraiment dynamique.


Blaise est un divertissement d'une fraicheur et d'une sincérité rare, aussi drôle qu'intelligent, aussi touchant que poétique. Un véritable dépaysement bienvenu dans le monde de la comédie absurde qui marque par son originalité et ses propositions aussi régressive que réflexive. En nous faisant redécouvrir la beauté de l'imperfection, le film épate par sa maitrise et son inventivité débridée. C'est de loin l'un des films d'animation français les plus réussit de l'année.


15,5/20


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