Il est devenu un sport international que de taper sur les propositions Disney. C'est notamment le cas des propositions modernes Pixar qui, en plus d'être assimilés de manière injuste aux productions Disney et de par le passif du studio à la lampe, ont le poids de leurs prédécesseurs qui semblent être à l'origine d'un modèle artistique à suivre coûte que coûte. Le public a ses demandes: il aime les films de divertissement pour enfant, il aime lorsque le film lui parle avec des thématiques qu'il peut aborder, il aime les références à sa génération, et les premiers films ont parfaitement su y répondre. S'en est découlé un temps où l'uniformisation globale des productions Pixar n'ont pas été un problème jusqu'à la période post Covid, après une accélération des modes de consommation du divertissement qui nous a tous poussé à questionner notre rapport au divertissement (l'une des toutes premières s'étant exprimée intelligemment sur le sujet reste la journaliste Noémie Lucciani au micro de SensCritique en 2021 lors de sa série de vlog au Festival d'Annecy). Passé le confinement, les demandes ont évoluées parallèlement à une évolution en interne dû à des décisions du côté de chez Disney qui s'est peu à peu radicalisé pour s'adapter aux nouvelles plateformes de streaming. Les productions Pixar se sont peu à peu rapprochées du modèle Disney, notamment avec Buzz l'Eclair et Vice Versa 2, ou encore avec une politique marketing cruelle sacrifiant le succès des productions pour conforter la vision de la maison mère. Les premières victimes ont été les productions originales souvent boudé pour leurs modesties par rapport à leurs ainés comme En Avant, Alerte Rouge ou encore Élémentaire. Si ce dernier a réussit à profiter d'un très bon bouche à oreille, ainsi qu'une communauté de fan très solide, d'autres ont eu beaucoup moins de chances et ont souffert de censure et de ré-écriture allant de l'ajustement discrète comme Luca, jusqu'à aller au sabordage à peine dissimulé avec Elio, dernière production en date du studio qu'on pensait être la dernière production originale du studio. Cela était sans compter Hoppers (Jumpers en français), dont les premières bandes annonces pouvaient faire grincer des dents sur ses allusions à Avatar de James Cameron, et sur une certaine forme de rondeur qui esquive toute possibilité de changement dans le style graphique du studio. Personnellement j'étais optimiste, car aimant quand Pixar réduit son dispositif afin d'être au plus près des obsessions personnels de ses réalisateurs, qu'il y avait énormément à faire de ce postula faussement simple dont la référence à Avatar pouvait être l'arbre cachant la forêt... et je ne pensais malheureusement pas être aussi près de la vérité.
A travers sa séquence d'ouverture, très élégante, sensible, le film expose des enjeux émotionnels qu'on a rarement vu aussi bien traité par le studio et, si l'on écarte certaines tournures de phrases et situations calibrés qu'on connait que trop bien, on est prêt à se jeter à corps perdu. On veut nous parler d'écoute, de la nature comme de soi même, avec un travail du son parmi l'un des plus poussés de l'histoire du studio. On sent aussi une volonté d'expérimenter et de composer des plans toujours plus techniquement difficile à concevoir, que ce soit dans les transitions entre machine et humains rappelant la scène d'hypnose dans Get Out dans le fauteuil, ou même dans le rythme et le montage sur la manière d'amener de l'humour dans un moment extrêmement tendu. Il y a aussi tout un propos sur la nature humaine et sur l'idée de qu'est ce qu'être humain, une thématique qui a peu à peu disparu après le rachat de Pixar par Disney à un point où celles-ci devient presque exotique tellement elles contrastent avec ce que l'on peut découvrir d'habitude. On est très agréablement surpris dans un premier temps, notamment avec l'utilisation du mutisme des animaux afin de créer des barrières émotionnels, mutisme qui va prendre pleinement en puissance sur son final, qui rappelle énormément la fin de Toy Story 3... et on commence tout doucement à voir ce qui va être le principal problème du long métrage (on y reviendra plus tard).
Le souci étant qu'après une ouverture très efficace et pleine de forêt, le soufflet retombe très rapidement avec l'arrivée tonitruante du roi des castors remettant sans cesse en question un rapport très contrarié entre le récit et son sujet. On veut nous parler d'éco-anxiété et d'une vision misanthropique de l'Homme, mais on nous fait danser des castors avec une technologie humaine, et ce n'est pas en esquivant les questions à base de "t'es vraiment en train de t’attarder sur le fait que les castors portent une couronne" et en ironisant d'un rire jaune que le film arrive à se justifier de ne répondre à aucune questions. C'est comme les lois de l'étang et la relation entre proie et prédateur, à base de poissons mangé vaguement et d'asticot emmené au loin, qui semble exister que par nécessité de proposer le minimum syndical après que Dreamworks ait proposé une écriture exemplaire à travers Le Robot Sauvage. On a ainsi ce sentiment d'univers artificiel et bourré de lacunes qui servent avant tout à faire avancer un scénario qui ferme les opportunités plus qu'elle n'en ouvrent. On rabâche les maximes à l'écriture insistante pour bien faire comprendre la direction que va prendre le récit, et faute à vous si vous avez le malheur d'espérer plus recherché, voire plus juste. Tout le film reposant sur la lutte entre une adolescente nostalgique, voulant préserver coût que coût un cadre de vie lié à son passé, face à un maire cupide qui souhaite construire une autoroute, on est amené à vouloir un portrait tranché voire pessimiste sur l'humain, que ce soit celle de l'autorité n'écoutant pas la nature (rejoignant celle de Le Robot Sauvage) ou celle d'une génération égoïste qui pense le monde autour de leurs personnes individuelles et voulant préserver les choses avant tout pour eux et non pour les autres. Le souci étant qu'à force de vouloir proposer des personnalités aux intentions grises, on n'arrive plus à s'impliquer émotionnellement car on se retrouve incapable de comprendre qui que ce soit. Les seuls à vaguement capter notre attention reste les animaux, victime des deux côtés de l'égoïsme de part et d'autre... et qui n'aura jamais l'occasion de n'être plus que cela. Excepté le roi Georges, aucun animal ne sera développé décemment, quand ces derniers ne sont pas résumés en des gags, notamment le lézard que le film force pour devenir un celtic rigolo. Toute la subtilité et la délicatesse de l'ouverture laisse place à un divertissement à l'exécution grossière et au propos de fond plus que douteux.
Mis à part le climax et une confrontation audacieuse entre le personnage principal et l'antagoniste dans un laboratoire qui utilise des codes du cinéma d'horreur, il n'y a pas de réel surprises ni même de volonté de raconter ce que la structure scénaristique des studios Pixar pouvait raconter dans ce thème avec ces personnages. Il y a une forme de retenu et de refus de proposer ce dont le récit a besoin qui interpelle et gâche le visionnage. Après nous avoir proposé une multitude de possibilité de réflexion, le spectateur est contraint de voir ce que le film choisit de retenir, grandement influencé par de mauvaises pensées. A l'image de certains personnages qui arrivent à trouver une rédemption sans que leurs défauts soient pleinement punis ou même remis en question par le récit (le maire et le personnage principal en tête). L'un des symboles de la démarche du film reste ce lézard, inutile et lourd, qui n'est là que pour renforcer le film dans une case faisant plus Pixar pour être du Pixar, dans un divertissement qui rappelle la manière très consensuelle et convenu qu'a Disney de traiter ses récits (avec Encanto ou récemment Zootopie 2). On plante des faux sapins pour faire fuir des animaux et faire construire une autoroute. La faute ? Elle est des deux côtés car, au fond, il faut apprendre à écouter. Mabel renverse l'ordre naturel de la nature en empêchant un ours de manger un castor ? En même temps d'autres animaux meurent, ce n'est pas si grave. Il y a ainsi une forme de relativisme qui empêche toute implication émotionnelle, jusque dans les contre-parties du transfert d'esprit d'un corps à l'autre qui se limitent à du vertige. Rien n'a réellement d'importance ni même d'enjeux, ce qui questionne sur les réels intentions du long métrage. Cherche-t-il réellement à nous questionner sur notre rapport à la nature, ou cherche-t-il juste à divertir de manière malhonnête en prenant un sujet d'actualité en toile de fond. Lorsque Mabel souligne le parallèle avec Avatar, le film anticipe des critiques légitimes sur la sincérité et l'originalité du long métrage et, là où l'on aurait pu le complimenter sur sa manière d'y échapper par instant, on ressent presque une volonté de forcer la parenté en appuyant la référence outre de raison, tout comme l'ensemble des références. On observe ainsi une forme d'immobilisme artistique qui est illustré à travers l'avalanche de références devant compenser le manque d'originalité, et pensé dans une mentalité d'obliger de réaction du spectateur par la référence, qu'elle soit bonne ou non. Cela va du choix artistique pertinent à une citation à Sharknado (la définition même du cynisme d'une industrie qui fait volontairement un film mauvais pour attirer l'attention) qui devient presque le symbole d'un film à la démarche trop intéressée par l'envi du spectateur que par celle d'un artiste.
Hoppers donne à voir l'un des spectacles les moins personnels et les moins réflexif de la filmographie Pixar. Plus qu'un échec cuisant, c'est un auto-sabordage en règle, orchestré par Disney, dont la beauté de ses rares coups d'éclats n'a d'égale que de la déception immense que l'on peut avoir à suivre ce récit tendant peut à peu vers un divertissement consensuel et dénué d’intérêt. Pourtant, contrairement à Elio dont on voit des prémices prometteurs, on peine à voir ce que le projet peut porter autre chose qu'un divertissement doucement sympathique, mais à la morale trouble et à l'originalité dépassée. On ne peut que s'inquiéter de l'avenir de Pixar, visiblement condamné à laisser sa sincérité de côté pour mieux mettre en valeur les envies capitalistiques des studios Disney.
10,25/20
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