« Arènes sanglantes » revu par les Frères Grimm, « Mort dans l’après midi » version Charles Perrault, « Blancanieves » transpose avec fraicheur et gravité le fonds légendaire germanique, celui de « Blanche-Neige et les 7 nains », mais aussi de « Cendrillon », de « La Belle au bois dormant » ou du «Chaperon Rouge », dans l’Espagne sévillane et nous emmène avec tout le sérieux nécessaire, revisiter un conte pour (grands) enfants riche comme il se doit des symbolisations inconscientes les plus fortes. On rêve donc en noir et blanc et en muet, la forme étant ici au service d’une grande expressivité poétique et rendant hommage à la fois à l’expressionisme allemand du Murnau de « Faust » par exemple mais aussi au « Freaks » de Tod Browning. Le film ne se résume pas, loin s'en faut, à un exercice citationnel ou à un « à la manière » de car il est porteur tout aussi bien d’une grande modernité visuelle et d’un second degré qui ne vaut jamais cynisme. Chaque plan paraît nécessaire dans ce mélodrame qui associe à l’univers des contes, la mythologie tauromachique d’un Goya et celle des nains bouffons d’un Velasquez. La distribution, en particulier féminine, est remarquable, avec Angelina Molina en grand-mère flamenca, Maribel Verdù en horrible marâtre SM, obsédée par la couverture des magazines, Macarena Garcia en Blanche Neige, jeune matador pleine de grâce, et la petite Sofia Oria en Cosette mutine et délicieuse. Un film estocade et revigorant qui démontre, mieux encore que chez Hazanavicius ou Tarentino il y a peu, que le cinéma se réinvente en puisant à ses origines mais aussi aux légendes de nos enfances.
Jean-MaxenceGra
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le 3 mars 2013

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