Comme je l'écris souvent, Anne Fontaine, c'est vraiment un sur deux. « Blanche comme neige » fait clairement partie de la bonne moitié. Ce film n'a pas plu à tout le monde, loin s'en faut. Il n'est pas là pour ça. Pourtant, lorsque l'on regarde la platitude absolue des productions françaises habituelles, il serait vraiment dommage de passer à côté des très beaux atouts de celle-ci. Déjà, lorsqu'on engage parmi les meilleurs dans leur domaine, on voit tout de suite la différence : Bruno Coulais à la musique et surtout Yves Angelo à la photographie, donnant tous deux leur meilleur pour offrir une œuvre particulièrement réussie visuellement, la bande-originale élégante et un poil inquiétante accompagnant le récit avec beaucoup d'harmonie. La réalisatrice, dans une ambiance presque bucolique, frôlant le merveilleux, réinvente la notion de conte en général et celui de « Blanche-Neige » en particulier, en respectant la structure et les grandes lignes pour mieux le détourner, le pervertir.
Car c'est bien de ça dont il s'agit ici : une œuvre sensuelle, parfois dérangeante, où le désir, le sexe sont présents par tous les pores de presque chaque image. Le malaise est ainsi toujours positif, malgré une poignée de scènes trop explicites ou un comportement très libre de l'héroïne parfois difficilement explicable, Lou de Laâge ne m'ayant pas paru assez belle pour le rôle (Jenna Thiam, peut-être?). Assumant volontiers le côté irréel du décor provincial, n'étant pas sans rappeler celui du « Prisonnier », renforcé par un superbe travail sur la lumière et donc une atmosphère musicale du plus bel effet, Fontaine imagine également une étonnante galerie de personnages (sacrée distribution, au passage, dont un Benoît Poelvoorde décidément rarement là où on l'attend) masculins, étranges, ambigus, parfois imprévisibles, ayant pour seul point commun l'intense désir qu'ils ressentent pour Claire : à ce titre, cette ultime scène, évoquant autant le final des frères Grimm qu'une future orgie à peine voilée, est assez exquise.
Quant à la « reine », elle apparaît aussi à contre-courant, surtout avec le jeu distancié d'Isabelle Huppert, pour le coup très adapté. C'est une œuvre qui mériterait qu'on écrive probablement plus longuement sur elle : en attendant, même (ou justement parce que) si elle ne fait pas l'unanimité, j'ai été souvent enchanté par cette vraie proposition de cinéma, expérience imparfaite mais souvent délicieuse, fiévreuse, abordant le conte à la fois dans ce qu'il peut avoir de plus excitant, dangereux et interdit : cette Anne Fontaine là, c'est un grand OUI.