Il faut d’emblée évacuer les polémiques entourant le contenu idéologique du film. Je ne crois pas que toutes les idées de cette réécriture soient à jeter mais le film rencontre plusieurs problèmes conceptuels :
J’ai lu un certain nombre de critiques qui évoquent Blanche Neige comme un film de « propagande woke ». Et ce métrage montre bien une diversité riche que ce soit dans le casting principal et la figuration. A l’argument que cela irait à l’encontre de la tradition folklorique germanique de l’histoire originale, on pourrait opposer l’idée qu’il s’agit d’un conte de fée dont l’adaptation peut être libre puisqu’elle concerne un monde merveilleux et factice. Mais à cet important défi de la représentativité, le film ne répond qu’en plaquant un filtre assez insipide où il y a certes des gens de toute les couleurs mais sans aucune crédibilité. Je m’explique : comment croire que dans un aussi petit royaume, où les humains peuplent principalement le château et ses alentours (quelques centaines de personne, peut-être un millier maximum) il n’y ait aucun métisse, avec cette impression de petites cases, de quotas juste remplis ? Moi-même étant issu du métissage cela m’a sauté aux yeux et cela montre qu’au fond le film n’a aucune volonté de représenter réellement les minorités et coche des cases au lieu de casser les codes.
L’idée de transformer le personnage du Prince en voleur est tout à fait insensée. Je comprends le refus d’en faire, dans un effort de modernisation, un chevalier servant et salvateur dénué de personnalité, qui n’intervient que pour ravir Blanche Neige. Néanmoins quel est l’intérêt d’en faire un pseudo-Flynn Rider, sachant en plus qu’un film Raiponce déjà a été annoncé ? Le personnage est un peu une coquille vide et archétypale qui, au final, ne servira pas à grand chose à part sauver Blanche Neige, comme l’a fait le Prince dans le conte original, preuve que le film souffre d’une modernité de surface et refuse de relire véritablement le conte à l’aune de problématiques actuelles.
Ce problème est incarné par les Nains en images de synthèse. L’idée n’est pas aberrante pour traiter les nains comme des figures enchantées. Mais quand les nains rencontrent un véritable nain dans la troupe des brigands, on ne peut pas s’empêcher de légèrement sourire à cause d’une fine ironie involontaire. Pour cause, le substitut magique que représente les CGI est miné par un réel qui intervient trop abruptement : peut-être aurait-il fallu jouer sur des effets de ressemblances/dissemblances entre les Nains (magiques) et le nain (humain) afin de créer un effet volontairement comique. Au lieu de cela, le film préfère simplement ignorer cette ressemblance. A propos des sept nains, je dirais qu’ils sont assez bien caractérisés et la relation, nouée autour du sifflement, que Simplet cultive avec Blanche Neige est assez attendrissante. Mais le choix d’en faire le conteur de l’histoire et ainsi un personnage parlant ruine celle-ci sans aucun intérêt diégétique.
La thématique des diamants n’est pas exploitée par le film malgré le lancement de plusieurs pistes narratives qui ne sont jamais résolues, si ce n’est pour expliquer la morale sur vanité et la cupidité de la Reine. Pourtant, ils prennent une place extrêmement importante dans la film et tout porte à croire qu’ils auront une incidence sur le déroulement du film (notamment lors de la chanson Heigh ! Ho).
De plus, l’imagerie est immonde, j’ai rarement vu un film aussi laid. La lumière est mal gérée, la réalisation et les cadres souvent mal gérés (peut-être à l’exception de deux scènes dont nous parlerons après). Les costumes sont aussi atroces (Descendants en a eu des meilleurs) que ce soit pour les figurants ou les personnages principaux et secondaires. Seuls les animaux en synthèse sont plaisants et la synthèse est de qualité, ce qui ne fait que renforcer la rupture entre les scènes d’enchantement où Blanche Neige est seule avec les nains dans la forêt et les scènes « humaines ».
On relèvera tout de même deux scènes qui ont été assez plaisantes : la chanson de la méchante Reine est bien écrite et l’interprétation de Gal Gadot est assez convaincante dans ses exubérances teintées de fausses notes (sont-elles cependant volontaires ?) et la scène de fuite dans la forêt reprenant celle du dessin animé est bien exécutée. Rachel Zegler joue bien (et chante très bien) pour l’écriture et la direction qui lui ont été données et est plutôt attachante. Les nouveaux arrangements ainsi que les chansons originales sont pour la plupart assez bien.
C’est donc assez décevant de voir un film qui n’a qu’une apparence de modernité aseptisée au lieu d’actualiser vraiment le conte. La morale même du film est minée par le film lui-même : à vouloir recréer un diamant éternel en respectant un cahier des charges aux exigences contradictoires, contingent non pas à une morale moderne mais à une idée, un simulacre de modernité, le film est devenu une rose vaine, périssable et, je l’espère, rapidement oubliée.