Mankiewicz s'est parfois vu lui-même comme une "bête noire" à Hollywood. Ce qu'il concevait comme l'inculture de ses camarades et concurrents l'horripilait. Prolifique dans les années 1950, il se raréfie ensuite ; il est notamment connu pour L'Aventure de Mme Muir, Soudain l'été dernier et surtout pour son dernier film, Le Limier. Guys and Dolls est assez insolite dans son parcours puisqu'il s'agit de son unique comédie musicale (tournée en 1955, peu après Eve et Jules César), genre éloigné de ses canons et méthodes : le style Mankiewicz est sous influence littéraire, délaisse l'action et le goût de la 'performance', privilégie les portraits, les grands sentiments et les analyses un peu violentes.


Le pari est relevé avec succès, l'ambiance est légère et euphorique, la réussite d'abord technique. La photo renvoie aux belles heures du Cinémascope et des photos presque flashy composées via EastmanColor (à l'éclat particulièrement remarquable dans Le Temps d'aimer et le temps de mourir). Comme toujours chez Mankiewicz, les numéros 1 défilent et viennent chercher un rôle avec un supplément d'élégance 'nue' ou de profondeur. La collaboration entre Sinatra et Marlon Brando joue en la faveur du second, Sinatra étant effacé quand l'autre est boosté par un protagoniste caricatural. Le cynisme de Brando/Masterson est tourné en dérision et nuancé par l'amourette de convenance, si bien que les nuances présumées sont réduites à néant : le héros vertueux qui s'ignorait avait besoin d'un déclencheur ; c'est un gentil mafieux, une canaille à gueule d'ange.


Toutefois le résultat, si charmant soit-il, semble modeste car dissipé, rabaissant ses puissances à un niveau prosaïque, ou à la logorrhée de bons mots. Guys and Dolls est un produit doucement écartelé, brillant mais résigné, sinon à n'être que du toc, du moins à se ranger sous sa bannière. Ses traits atypiques (l'extrême loquacité, l'assignation de certains acteurs à des fonctions ou numéros en décalage par rapport à leur image) ne suffisent pas à imposer un caractère en dernière instance. Guys and Dolls n'est donc qu'un dérivé de Broadway plus, flattant le spectateur sans trop sacrifier la lucidité à l'égard de ses personnages, autrement dit évitant de faire fondre la cervelle de son spectateur. Il reste un film mineur dans son genre comme dans la filmographie de son directeur ; une friandise, en dépit de sa tendance à la satire voire aux sarcasmes.


https://zogarok.wordpress.com/2016/02/15/guys-and-dolls-blanches-colombes-et-vilains-messieurs/

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le 2 févr. 2016

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